Administration

Interview de Monsieur Peppino Giarritta Chargé de mission de la Confédération et des cantons auprès de l’Administration numérique suisse

15 mai 2026
Michael Kevesse
Source: Rédaction du Bulletin Communes Romandes - Mars / Avril 26
Gouvernance numérique : vers une administration plus agile, interconnectée et au service du citoyen Pour les communes romandes, la transition numérique n’est plus seulement une question d’outils, mais bien de gouvernance. Identité numérique, accès unifié aux prestations, standards communs, cybersécurité : dans cet entretien, Peppino Giarritta (Administration numérique suisse – ANS) décrit comment la coordination entre Confédération, cantons et communes vise à bâtir un système de prestations interconnectées, capables de simplifier les démarches sans que le citoyen ait à distinguer les niveaux institutionnels.
Au cœur des priorités : l’e-ID, l’interopérabilité des portails et le login des autorités AGOV, déjà largement déployé. L’objectif est double : fluidifier l’accès aux services et rendre l’administration plus efficiente (« once only », réutilisation de solutions), tout en consolidant la confiance par la protection des données et des pratiques de cybersécurité adaptées aux réalités communales. ⸻ Comment l’Administration numérique suisse définit-elle sa vision pour accompagner les communes romandes ? Peppino Giarritta : La stratégie « Administration numérique suisse 2024–2027 » fixe une vision commune aux trois niveaux de l’État : permettre une interaction efficace, transparente et sécurisée entre population, entreprises et administration. L’ambition est un système de prestations cohérent et interconnecté, où l’usager n’a pas à se demander s’il s’adresse à la commune, au canton ou à la Confédération. Les services doivent être adaptés aux situations de vie et aux besoins, afin de simplifier concrètement les démarches. Dans ce cadre, l’Administration numérique suisse crée les conditions-cadres permettant aux administrations de proposer des prestations numériques afin de simplifier la vie de la population et des entreprises. ⸻ Quels sont vos leviers d’action vis-à-vis des communes ? Peppino Giarritta : L’ANS organise le pilotage stratégique et la coordination des activités de numérisation entre Confédération, cantons et communes. Elle élabore des bases communes — stratégie partagée et financement commun de projets inter-étatiques. Les communes sont représentées concrètement au sein de l’organe de direction politique et de l’organe de direction opérationnelle, ainsi que dans les groupes de travail, notamment via les associations faîtières. L’ANS sert aussi de plateforme d’échange : elle facilite la circulation d’information, coordonne les décisions et partage des enseignements sur les progrès, obstacles et tendances. Enfin, un besoin devient de plus en plus clair : avancer vers des standards plus contraignants et poser les bases nécessaires — un enjeu qui concerne directement les communes. ⸻ En quoi le fédéralisme influence-t-il la coordination numérique ? Peppino Giarritta : Le fédéralisme est une réalité ; notre rôle est d’en tirer parti. Dans les organes de l’ANS, Confédération, cantons et communes discutent à la même table, d’égal à égal : chaque niveau apporte son point de vue, et les décisions communes sont largement soutenues. C’est une richesse, car des innovations peuvent émerger dans de petites structures puis être transférées à plus grande échelle. Au final, le fédéralisme offre plus d’opportunités que d’obstacles. ⸻ Quelles priorités auront l’impact le plus direct sur les communes ? Peppino Giarritta : L’introduction de l’e-ID est un jalon majeur pour une interaction simple et sûre. Les administrations doivent aussi pouvoir délivrer et gérer des justificatifs numériques dans un portefeuille sécurisé ; l’ePEC (permis d’élève conducteur électronique) a permis d’acquérir de l’expérience et il est disponible dans toute la Suisse depuis fin 2025. Autre priorité : rendre les portails interopérables et plus accessibles, notamment via le login des autorités AGOV, et faire en sorte que les prestations communales puissent aussi être trouvées et utilisées via des portails cantonaux. Enfin, la stratégie met l’accent sur la gouvernance des données (usage sûr et créateur de valeur) et sur l’évolution de la culture administrative vers une organisation plus en réseau, accessible et centrée sur les besoins. ⸻ Quels projets partagés facilitent déjà le travail des communes ? Peppino Giarritta : L’exemple le plus marquant est AGOV, utilisable au niveau fédéral, cantonal et communal. Pour une commune, l’intérêt est de proposer un identifiant sécurisé sans développer sa propre solution, réutilisable par les habitants pour leurs démarches. Le login sans mot de passe est déjà utilisé dans douze cantons, certaines communes et l’administration fédérale pour certains services ; début décembre 2025, AGOV a dépassé un million de comptes enregistrés. ⸻ Comment réduire les démarches et les doublons ? Peppino Giarritta : Les besoins exprimés par les collectivités responsables et les partenaires montrent que des normes contraignantes deviennent essentielles : elles sont la base de l’interopérabilité, et des travaux sont déjà menés, notamment par le groupe de travail de l’ANS Architecture. Avec l’organisation partenaire eCH, l’ANS encourage la standardisation. Elle s’engage pour la réutilisation de solutions et agit aussi pour harmoniser les bases légales. Le principe « once only » est inscrit dans la stratégie : il améliore l’efficacité des équipes administratives, fait gagner du temps et réduit les erreurs liées aux saisies répétées. Un exemple cité est le futur service national des adresses, destiné à éviter des recherches fastidieuses d’adresses de domicile actuelles. ⸻ Quel soutien pour les communes sur la cybersécurité et la protection des données ? Peppino Giarritta : Le principe de base est clair : la protection des données est prioritaire et ne doit pas être compromise. L’ANS exige que les services numériques soient conçus selon des standards et directives de sécurité ; les usagers doivent pouvoir comprendre qui traite leurs données et pourquoi. Des groupes de travail élaborent des bonnes pratiques, analysent les tendances et recommandent des mesures de réduction des risques. En cas de crise, des task forces peuvent être mises sur pied. Pour les communes, l’Office fédéral de la cybersécurité (OFCS) reste toutefois le premier interlocuteur opérationnel : informations sur les menaces, check-lists et soutien en cas d’incident. ⸻ Comment garantir que les petites communes bénéficient des mêmes opportunités ? Peppino Giarritta : L’ANS encourage la coopération et la réutilisation de solutions, notamment les infrastructures nationales et services de base. Cela permet à toutes les administrations de bénéficier, par exemple, de l’e-ID, d’AGOV ou de la plateforme ch.ch. Elle favorise aussi la mise en réseau — en Suisse romande via l’eGovernment Symposium romand — et met à disposition des ressources : conditions négociées avec des fournisseurs de solutions informatiques, modèles contractuels pour des prestations TIC, ainsi que des contenus pratiques. Elle soutient enfin des projets communaux scalables, exemplaires pour d’autres administrations. ⸻ Quels leviers pour accompagner élus et équipes communales ? Peppino Giarritta : L’ANS crée les conditions-cadres pour la mise en réseau et l’échange entre spécialistes, et diffuse des meilleures pratiques. Elle soutient aussi la montée en compétences, notamment sur la culture des données, via des formations continues. Par exemple, un cours Open Government Data de l’Office fédéral de la statistique ou le programme « Pionnier Digital » de l’association Ma Commune, consacré aux bases de la numérisation. ⸻ À quoi pourrait ressembler une commune « numérique » idéale d’ici 2030 ? Peppino Giarritta : Une commune numérique idéale propose des services faciles à trouver, simples à utiliser, accessibles et sûrs. Grâce à des solutions communes, les administrations sont déchargées de tâches routinières et peuvent consacrer plus de temps aux demandes complexes. Les habitantes et habitants utilisent des portails accessibles, s’identifient de manière sécurisée, et bénéficient de formulaires préremplis. Avec davantage de standards, les autorités peuvent partager des données en toute sécurité, sans créer de charge supplémentaire pour les usagers.

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