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Pharmaciens cantonaux et communes : une influence invisible mais décisive sur la santé publique locale
Administration
Pharmaciens cantonaux et communes : une influence invisible mais décisive sur la santé publique locale
Pharmaciens cantonaux et communes : une influence invisible mais décisive sur la santé publique locale
1 décembre 2025
Sandrine Novea
Source: Communes Romandes
Souvent perçue comme lointaine, la fonction de pharmacien cantonal joue pourtant un rôle stratégique dans le fonctionnement sanitaire du territoire communal. Surveillance des pharmacies, gestion des pénuries, plans d’urgence, campagnes de vaccination, coordination avec les EMS et les services sociaux : derrière chaque protocole appliqué localement, les décisions cantonales façonnent discrètement l’action des communes. Plongée dans un domaine technique où expertise pharmaceutique et gouvernance publique se croisent au quotidien.
Un maillon clé de l’architecture sanitaire suisse
Le pharmacien cantonal est avant tout une autorité sanitaire spécialisée, rattachée à la direction de la santé publique de chaque canton.
Son mandat est défini par plusieurs cadres légaux :
la Loi fédérale sur les produits thérapeutiques (LPTh),
les règlements cantonaux en matière de santé publique,
les directives de Swissmedic et les recommandations de l’OFSP.
Sa mission centrale est de garantir la sécurité du circuit du médicament sur tout le territoire cantonal, depuis les autorisations d’exploitation jusqu’aux inspections régulières des officines, drogueries, dépôts de médicaments ou pharmacies hospitalières.
Mais son action dépasse largement le périmètre pharmaceutique : elle façonne des décisions qui se répercutent ensuite dans chaque commune, parfois sans que les employés communaux n’en perçoivent immédiatement l’origine.
Des décisions cantonales qui s’appliquent au quotidien dans les communes
1. Surveillance des pharmacies et des drogueries : un impact sur l’offre locale
Les pharmacies et drogueries présentes dans les communes dépendent directement du pharmacien cantonal pour :
l’autorisation d’ouvrir ou de transférer une officine,
le contrôle de la chaîne du froid,
la validation des pratiques de dispensation,
l’autorisation pour certaines prestations (vaccination, tests rapides, injection de médicaments),
les inspections périodiques de conformité.
En cas d’irrégularité, c’est le pharmacien cantonal qui émet :
des avertissements,
des injonctions de correction,
des suspensions temporaires,
voire un retrait d’autorisation.
Pour les communes, cela se traduit directement par :
l’évolution de l’offre de santé locale,
la disponibilité ou non de prestations clé (vaccin, dépistage, ordonnances d’urgence),
la continuité des services de garde.
Une commune rurale qui perd une officine, par exemple, le doit souvent à une décision d’autorité du canton.
2. Gestion cantonale des pénuries : une organisation locale réactive
Depuis plusieurs années, les pénuries de médicaments deviennent un enjeu majeur.
Les pharmaciens cantonaux gèrent :
les priorités de dispensation,
les dérogations temporaires,
les équivalences thérapeutiques autorisées,
les plans de rationnement,
la communication aux professionnels de santé.
Pour les communes, cela peut signifier :
un afflux de questions des habitants,
la coordination avec les services sociaux pour les personnes fragiles,
l’adaptation du fonctionnement des pharmacies locales,
la gestion de cas sensibles (diabète, maladies chroniques, traitement de substitution, etc.).
L’information descend donc du canton vers les pharmacies… et remonte ensuite vers les guichets communaux via les préoccupations des citoyens.
3. Vaccination et prévention : une mécanique cantonale relayée localement
Les pharmaciens cantonaux définissent les pharmacies autorisées à vacciner, les conditions de stockage, les protocoles et les règles de traçabilité.
Les campagnes cantonales sont nombreuses :
grippe,
COVID,
rougeole,
rappel tétanique,
HPV,
prévention des addictions,
politique antibiotique,
programmes “antibiorésistance” ciblant les communes.
Les communes sont ensuite impliquées pour :
relayer les informations,
orienter les habitants vers les pharmacies participantes,
mettre à disposition des salles ou infrastructures,
soutenir les actions ciblant les écoles, EMS ou associations locales.
Sans que la commune n’intervienne médicalement, son rôle logistique et communicationnel est central.
4. Plans d’urgence : un rôle antagonique mais complémentaire
Les pharmaciens cantonaux coordonnent plusieurs dispositifs légaux :
▪ Distribution des comprimés d’iode
Dans les zones de protection autour des installations nucléaires, les communes :
reçoivent des stocks du canton,
organisent les lieux de distribution,
informent les habitants.
Le pharmacien cantonal en fixe les règles, les communes les appliquent.
▪ Gestion des produits thérapeutiques en cas de crise sanitaire
Lors de la pandémie, le rôle du pharmacien cantonal a été déterminant pour :
autoriser les tests en pharmacie,
assurer la chaîne logistique vaccinale,
gérer les réquisitions (masques, solutions hydroalcooliques),
orienter les décisions de fermeture ou d’ouverture de certains services.
Les communes ont ensuite dû adapter :
accueil du public, communication, organisation des lieux de vaccination, soutien aux EMS.
▪ Plans canicule ou “grand froid”
Les recommandations sur :
les médicaments photosensibilisants,
la déshydratation,
les interactions chaleur–traitements,
les risques chez les seniors,
proviennent du pharmacien cantonal et sont relayées par les communes via les services sociaux.
Des communes sans pharmacien… mais jamais sans pharmacien cantonal
Les communes n’ont pas de pharmacien communal.
Mais elles dépendent :
de ses décisions,
de ses contrôles,
de ses protocoles,
de sa communication scientifique.
Ce modèle garantit une grande cohérence sanitaire à l’échelle du canton tout en laissant aux communes un rôle de proximité.
La pénurie de personnel qualifié touche désormais directement les administrations communales suisses. Mais derrière les difficultés de recrutement apparaît une autre fragilité, moins visible : la perte des connaissances accumulées par des collaborateurs parfois présents depuis plusieurs décennies. À Sonceboz-Sombeval, Corcelles-près-Payerne ou Veysonnaz, les successions récentes de secrétaires communaux montrent combien la transmission devient un enjeu de continuité administrative.
Plus de soixante ans après l’adoption de sa loi sur les communes, le canton de Neuchâtel engage une refonte complète des règles qui encadrent ses collectivités locales. Le projet adopté par le Conseil d’État le 31 août 2026 entend clarifier les compétences des autorités communales, alléger certaines formes de surveillance cantonale et renforcer l’autonomie de communes devenues plus grandes et plus professionnelles. Il prévoit aussi de mieux encadrer les situations de dysfonctionnement et de faire évoluer les procédures de fusion. Derrière cette réforme juridique se pose une question beaucoup plus large : comment adapter les institutions communales à des collectivités qui n’ont plus grand-chose à voir avec celles de 1964 ?
Une commune se définit d’abord par ses habitants. C’est à partir de cette population résidente que sont établies de nombreuses statistiques et que s’organise une partie importante de l’action publique locale. Pourtant, la réalité quotidienne d’un territoire ne se résume pas aux personnes qui y sont officiellement domiciliées. Chaque jour, des travailleurs arrivent d’autres communes, des élèves et des étudiants se déplacent, des clients fréquentent les commerces, des entreprises accueillent leurs collaborateurs, des propriétaires occupent ponctuellement leur résidence secondaire et des visiteurs utilisent les infrastructures locales. Dans certaines communes romandes, la population présente au cours d’une journée ou d’une saison peut ainsi être sensiblement différente de la population officiellement recensée. Une réalité qui pose une question simple : pour comprendre et administrer la commune d’aujourd’hui, suffit-il encore de savoir combien de personnes y habitent ?