Social

À Bussigny, la Municipalité descend dans la rue pour parler avec les habitants

14 septembre 2026
Alex Rochât
Source: Rédaction Bulletin Communes Romandes - Photo garde de Bussigny
Et si, pour rapprocher les citoyens de la politique communale, il suffisait parfois de sortir de l’Hôtel de Ville ? À Bussigny, dans l’Ouest lausannois, la Municipalité a choisi une formule volontairement simple : aller directement à la rencontre de la population, sur une place de la ville, pour permettre à chacun de venir poser une question, partager une idée ou simplement discuter avec ses élus. Une initiative organisée le 11 septembre à l’occasion de la Journée internationale de la démocratie.
Vendredi 11 septembre, entre 16h et 18h30, les habitants de Bussigny avaient un rendez-vous un peu particulier sur la place des Arcades, à proximité de la gare. Pas de séance du Conseil communal. Pas de salle officielle. Pas de procédure particulière pour prendre la parole. La Municipalité avait simplement invité la population à venir à sa rencontre pour échanger librement sur les sujets qui lui tiennent à cœur. L’invitation de la commune était volontairement très large : une question à poser, une idée à soumettre, une remarque à faire ou même simplement l’envie de discuter avec les représentants de la Municipalité. Derrière la simplicité de la formule se trouve un enjeu auquel pratiquement toutes les communes sont aujourd’hui confrontées : comment maintenir un dialogue direct entre les autorités locales et une population qui ne participe pas nécessairement aux formes traditionnelles de la vie politique ? Une rencontre ouverte même sans droit de vote C’est probablement l’un des aspects les plus intéressants de l’initiative de Bussigny. La commune avait expressément indiqué que la rencontre était ouverte à toutes et tous, « avec ou sans droit de vote ». Une précision qui élargit considérablement la notion de participation communale. Il ne s’agissait pas uniquement de s’adresser aux électeurs, mais à l’ensemble des personnes qui vivent la commune au quotidien et souhaitent échanger avec ses autorités. Bussigny compte aujourd’hui plus de 12 000 habitants et 112 nationalités, selon les chiffres publiés par la commune. Dans un territoire aussi diversifié, la possibilité de participer au dialogue communal indépendamment du droit de vote prend donc une dimension particulière. La commune présentait d’ailleurs elle-même cette rencontre comme une occasion de favoriser le dialogue entre la population et la commune et de rendre la politique plus accessible. Sortir des lieux habituels de la politique Le choix du lieu participe aussi à la démarche. La rencontre n’était pas organisée dans une salle institutionnelle, mais sur la place des Arcades, avec une entrée côté gare. Autrement dit, dans un espace de passage de la vie quotidienne. Cette différence peut sembler anecdotique. Elle ne l’est pas nécessairement. Pour interpeller un élu dans une séance officielle, assister à une assemblée ou écrire à l’administration, il faut déjà avoir effectué une démarche. Installer le dialogue dans l’espace public inverse en partie cette logique : ce sont les représentants de la commune qui se rendent disponibles dans un lieu fréquenté par les habitants. Aucune thématique particulière n’avait par ailleurs été imposée par la Municipalité. Les habitants étaient libres de venir avec leurs propres préoccupations. Cette absence de programme prédéfini constitue justement l’originalité du rendez-vous : partir des questions de la population plutôt que demander à celle-ci de réagir à un projet déjà construit par les autorités. La démocratie communale dans ce qu’elle a de plus concret La Suisse possède déjà de nombreux instruments de démocratie directe. Mais la participation à la vie d’une commune ne se résume pas aux votations et aux élections. Entre deux scrutins, une multitude de décisions communales concernent directement le quotidien : espaces publics, mobilité, équipements, écoles, environnement, vie associative, sécurité, culture ou développement urbain. Toutes ne nécessitent évidemment pas une consultation populaire. Elles peuvent néanmoins susciter des interrogations, des propositions ou parfois simplement un besoin d’explication. C’est précisément dans cet espace que des rencontres informelles entre autorités et habitants peuvent trouver leur utilité. Elles ne remplacent ni les institutions ni les procédures démocratiques. Elles créent simplement un canal supplémentaire entre les deux. Et, à l’échelle d’une commune, cette proximité constitue une ressource particulière : les personnes qui prennent les décisions et celles qui en vivent quotidiennement les conséquences partagent le même territoire. Une idée simple et facilement reproductible L’initiative de Bussigny ne repose finalement sur aucun dispositif complexe. Quelques heures, un lieu accessible et des membres de la Municipalité disponibles pour écouter et répondre. C’est aussi ce qui la rend intéressante pour d’autres communes. Les démarches de participation citoyenne peuvent parfois nécessiter des plateformes numériques, des budgets participatifs, des consultations formalisées ou des processus s’étalant sur plusieurs mois. Bussigny a choisi, pour cette Journée de la démocratie, une approche beaucoup plus élémentaire : provoquer la rencontre. La commune ne prétend d’ailleurs pas que quelques heures de discussion puissent résoudre toutes les questions liées à la participation politique. Son objectif annoncé était plus modeste : favoriser le dialogue et rendre la politique plus accessible. Mais cette modestie constitue peut-être justement l’intérêt de l’expérience. À l’heure où de nombreuses collectivités réfléchissent à la manière d’associer davantage leurs habitants à la vie locale, Bussigny rappelle qu’une politique de proximité peut aussi commencer par quelque chose de très simple : être présent, écouter et discuter.

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