Énergie

Les communes romandes veulent-elles devenir productrices d’énergie ?

18 mai 2026
Alex Rochât - Photo sid.delemont.ch
Source: Rédaction Communes Romandes
Longtemps cantonnées à un rôle de gestionnaires de bâtiments et d’infrastructures publiques, de nombreuses communes romandes cherchent désormais à produire leur propre énergie. Solaire photovoltaïque sur les écoles, réseaux thermiques, valorisation du bois-énergie, autoconsommation collective ou encore communautés énergétiques locales : derrière ces projets se dessine une transformation profonde du rôle énergétique des collectivités. De Lausanne à Martigny, en passant par Delémont, les communes romandes deviennent progressivement des acteurs directs de la production énergétique locale.
Pendant des décennies, la plupart des communes suisses ont essentiellement abordé la question énergétique sous l’angle de la consommation : * chauffage des bâtiments publics, * éclairage public, * infrastructures techniques, * ou optimisation des dépenses énergétiques communales. Mais avec l’accélération de la transition énergétique, la hausse des coûts de l’électricité et les enjeux de souveraineté énergétique, une nouvelle dynamique apparaît progressivement en Suisse romande : les collectivités locales ne veulent plus seulement consommer de l’énergie ; elles cherchent désormais à en produire. Et cette évolution transforme profondément les stratégies territoriales de nombreuses communes. ⸻ Une nouvelle génération de collectivités énergétiques Dans plusieurs cantons romands, les projets énergétiques communaux se multiplient : * centrales photovoltaïques sur bâtiments publics, * réseaux de chauffage à distance, * géothermie, * biomasse, * valorisation énergétique des déchets, * ou encore projets d’autoconsommation collective. À Lausanne, les Services industriels développent depuis plusieurs années une stratégie combinant réseaux thermiques, solaire photovoltaïque et réduction progressive des énergies fossiles dans le chauffage urbain. (lausanne.ch) Du côté de Martigny, plusieurs projets liés au chauffage à distance et à la valorisation énergétique locale illustrent également cette évolution territoriale. (martigny.ch) À Delémont, les réflexions autour de l’autonomie énergétique et des infrastructures renouvelables occupent désormais une place importante dans la planification communale et cantonale. (delemont.ch) ⸻ Pourquoi les communes investissent massivement dans le solaire Parmi les technologies les plus visibles, le solaire photovoltaïque occupe une place centrale. Les toitures des : * écoles, * salles communales, * centres sportifs, * dépôts techniques, * parkings couverts, * ou bâtiments administratifs représentent aujourd’hui un potentiel énergétique important pour les collectivités. Pour les directeurs techniques et responsables patrimoine, ces surfaces présentent plusieurs avantages : * disponibilité foncière immédiate, * consommation électrique souvent déjà présente sur site, * possibilité d’autoconsommation, * et forte visibilité politique des projets. Dans plusieurs communes romandes, les stratégies photovoltaïques s’inscrivent désormais dans une logique patrimoniale globale. L’objectif ne consiste plus uniquement à réduire la facture énergétique mais aussi à : * sécuriser une partie de la production locale, * améliorer la résilience énergétique, * et anticiper l’électrification croissante des usages. ⸻ L’essor des réseaux thermiques territoriaux Au-delà du photovoltaïque, les réseaux de chauffage à distance connaissent également une forte accélération en Suisse romande. Ces infrastructures permettent de mutualiser la production de chaleur à l’échelle d’un quartier ou d’une ville entière. Les nouvelles générations de réseaux utilisent des sources variées : * biomasse, * géothermie, * récupération de chaleur industrielle, * valorisation des eaux usées, * ou encore chaleur issue de l’incinération des déchets. À Lausanne, plusieurs extensions du réseau thermique urbain s’inscrivent dans les objectifs de décarbonation progressive du territoire communal. Dans certaines villes romandes, les réseaux thermiques deviennent désormais de véritables infrastructures stratégiques comparables aux réseaux d’eau ou d’électricité. Pour les bureaux d’ingénierie et les entreprises du secteur énergétique, ces projets représentent des marchés particulièrement complexes mobilisant : * génie thermique, * hydraulique, * automatisation, * smart grid, * supervision énergétique, * et maintenance longue durée. ⸻ Les communes cherchent une forme de souveraineté énergétique locale Derrière ces investissements apparaît une notion de plus en plus présente dans les stratégies publiques : la souveraineté énergétique territoriale. La crise énergétique européenne a profondément modifié la perception des collectivités concernant leur dépendance aux marchés extérieurs. Dans plusieurs communes romandes, les exécutifs cherchent désormais à : * sécuriser une partie de leur approvisionnement, * stabiliser les coûts énergétiques, * produire localement, * et mieux maîtriser leurs infrastructures stratégiques. Cette logique intéresse particulièrement : * les régies communales, * les services industriels, * les syndicats intercommunaux, * et les grandes collectivités disposant d’un important patrimoine bâti. ⸻ L’arrivée des communautés énergétiques locales L’un des sujets les plus suivis actuellement par les professionnels concerne le développement des communautés énergétiques locales. Ces modèles permettent de mutualiser localement production et consommation électrique entre différents bâtiments ou acteurs d’un même territoire. Grâce à l’évolution des cadres réglementaires et des technologies de pilotage énergétique, les collectivités envisagent désormais : * des quartiers en autoconsommation, * des échanges locaux d’électricité, * des systèmes de stockage, * et une gestion énergétique beaucoup plus décentralisée. Pour les directeurs techniques communaux, ces nouveaux modèles impliquent des compétences de plus en plus avancées : * monitoring énergétique, * gestion des flux, * cybersécurité, * interopérabilité des systèmes, * supervision des consommations, * et pilotage intelligent des bâtiments. ⸻ Des infrastructures de plus en plus techniques La transition énergétique communale ne repose plus uniquement sur des travaux classiques de rénovation. Les nouveaux projets mobilisent aujourd’hui des technologies complexes : * GTB (gestion technique du bâtiment), * supervision énergétique centralisée, * capteurs IoT, * stockage stationnaire, * pilotage intelligent, * optimisation des pics de charge, * ou encore infrastructures de recharge pour véhicules électriques. Dans certaines collectivités, les services techniques évoluent progressivement vers de véritables centres de gestion énergétique territoriale. Cette mutation transforme également les besoins en compétences des communes. Les profils recherchés combinent désormais : * énergétique, * numérique, * exploitation technique, * automatisation, * et analyse de données. ⸻ Une pression croissante sur les réseaux électriques Cette électrification massive soulève également des défis importants pour les infrastructures. Le développement simultané : * du photovoltaïque, * des pompes à chaleur, * des bornes de recharge, * et des nouveaux usages électriques exerce une pression croissante sur les réseaux de distribution. Dans plusieurs régions romandes, les gestionnaires de réseaux travaillent déjà sur : * le renforcement des capacités, * l’intégration des productions décentralisées, * la flexibilité des consommations, * et le pilotage intelligent des infrastructures locales. Pour les communes, ces enjeux deviennent désormais indissociables des politiques d’aménagement territorial. ⸻ Les collectivités peuvent-elles devenir de véritables énergéticiens ? C’est probablement la question qui traversera les prochaines années. Certaines grandes villes romandes disposent déjà de régies puissantes et d’une expertise énergétique historique. Mais même des collectivités plus modestes cherchent aujourd’hui à développer : * leurs propres capacités de production, * leurs réseaux thermiques, * ou leurs modèles locaux d’autoconsommation. Cette évolution pourrait progressivement redéfinir le rôle énergétique des communes suisses. Car au-delà de la transition climatique, les collectivités locales découvrent désormais qu’elles peuvent aussi devenir des acteurs stratégiques de la production, de la gestion et de la distribution énergétique territoriale. Et pour l’ensemble des entreprises actives dans : * l’ingénierie, * les infrastructures, * les réseaux, * les smart grids, * les énergies renouvelables, * ou la gestion technique des bâtiments, le marché communal romand apparaît aujourd’hui comme l’un des terrains les plus dynamiques de la transition énergétique suisse.

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