Culture

Street art et fresques urbaines : pourquoi les communes romandes misent de plus en plus sur l’art urbain

11 mai 2026
Michael Kevesse
Source: Rédaction Communes Romandes - Photo zhipeng yan, Genève
Entre revitalisation des centres-villes, attractivité touristique et débats sur l’espace public, le street art s’impose progressivement comme un véritable outil de transformation urbaine dans plusieurs communes romandes.
Longtemps associé aux graffitis illégaux et aux dégradations, le street art connaît aujourd’hui une profonde mutation en Suisse romande. Fresques murales monumentales, œuvres participatives, parcours artistiques en plein air ou encore interventions urbaines temporaires : de plus en plus de communes utilisent désormais l’art urbain comme levier d’attractivité, de dynamisation territoriale et de revalorisation de certains quartiers. De Lausanne à Genève, en passant par Vevey, Sion ou encore Neuchâtel, les projets de fresques urbaines se multiplient. Une évolution qui reflète un changement plus large dans la manière dont les collectivités envisagent aujourd’hui l’espace public, la culture et la qualité de vie. ⸻ Le street art, nouvel outil de revitalisation urbaine Dans de nombreuses villes européennes, le street art est désormais intégré aux stratégies de revitalisation des centres-villes. La Suisse romande suit progressivement cette tendance. Certaines communes considèrent aujourd’hui les fresques murales comme un moyen de : * redonner vie à des espaces délaissés, * embellir des infrastructures techniques, * renforcer l’identité visuelle d’un quartier, * créer du lien social, * attirer visiteurs et commerces. Les grandes façades aveugles, passages sous-voies, parkings ou bâtiments industriels deviennent ainsi des supports artistiques capables de transformer l’image d’un secteur entier. À Lausanne, plusieurs interventions artistiques ont contribué ces dernières années à renforcer l’identité culturelle de certains quartiers urbains. La ville accueille régulièrement des projets mêlant art urbain, événements culturels et appropriation de l’espace public. Même dynamique à Genève, où le débat autour du graffiti légal, des fresques autorisées et de l’art dans l’espace public reste particulièrement actif. Certaines initiatives artistiques temporaires y sont désormais intégrées à des réflexions plus larges sur l’aménagement urbain et la cohabitation des usages. ⸻ Fresques urbaines et tourisme : un nouveau levier d’attractivité Le phénomène dépasse désormais la seule dimension culturelle. Dans plusieurs villes, le street art devient également un outil de marketing territorial et de tourisme urbain. Les fresques monumentales attirent : * photographes, * visiteurs, * créateurs de contenu, * médias, * utilisateurs des réseaux sociaux. Le potentiel est important, notamment sur Instagram, Pinterest ou Google Images, où les contenus liés aux fresques murales et à l’art urbain génèrent souvent une forte visibilité. Certaines communes commencent ainsi à développer de véritables parcours artistiques urbains, parfois accessibles via applications mobiles ou cartes interactives. À Vevey, ville historiquement liée à la culture et à l’image, l’intégration d’œuvres dans l’espace public participe à renforcer une identité urbaine déjà fortement marquée par les événements artistiques et culturels. Du côté de Sion, plusieurs initiatives mêlant culture contemporaine, animation du centre-ville et valorisation du patrimoine urbain témoignent également d’une volonté croissante d’utiliser l’art comme facteur d’attractivité territoriale. ⸻ Pourquoi les communes investissent de plus en plus dans l’art public Derrière cette montée en puissance du street art en Suisse romande se cachent plusieurs évolutions de fond. 1. Recréer du lien dans l’espace public Après plusieurs années marquées par les transformations des modes de vie, du commerce et des usages urbains, de nombreuses communes cherchent à recréer des espaces plus vivants et plus attractifs. Les projets artistiques participatifs permettent souvent : * d’impliquer les habitants, * de mobiliser les écoles et associations, * de renforcer l’attachement au quartier, * de favoriser une appropriation positive de l’espace public. ⸻ 2. Améliorer l’image de certains quartiers Certaines fresques urbaines sont également utilisées pour revaloriser des zones perçues comme peu attractives. Dans plusieurs villes européennes, les communes ont constaté qu’une intervention artistique bien pensée pouvait modifier la perception d’un lieu, améliorer son image et parfois même favoriser une fréquentation accrue. Cette logique commence progressivement à apparaître dans certaines collectivités romandes. ⸻ 3. Répondre à une attente croissante des habitants Les questions de qualité de vie urbaine prennent aujourd’hui une importance majeure dans les politiques communales. Mobilité douce, végétalisation, mobilier urbain, espaces publics plus agréables : l’art urbain s’inscrit souvent dans cette réflexion globale autour de la ville plus humaine et plus esthétique. ⸻ Street art : revitalisation culturelle ou risque de dérive ? Le développement du street art dans les communes romandes ne fait toutefois pas l’unanimité. Le sujet reste parfois sensible, notamment autour de plusieurs questions : * où placer la frontière entre art urbain et dégradation ? * faut-il légaliser davantage d’espaces d’expression ? * les communes doivent-elles financer ce type de projets ? * le street art peut-il favoriser certaines formes de vandalisme ? Dans certaines villes, des habitants considèrent que les fresques urbaines apportent une réelle valeur esthétique et culturelle. D’autres estiment au contraire que la multiplication des interventions artistiques peut brouiller les repères visuels ou encourager les tags sauvages. Le débat concerne également les coûts publics. Certaines collectivités défendent ces investissements au nom de l’attractivité territoriale et de la prévention des dégradations, tandis que d’autres privilégient des politiques plus restrictives. ⸻ Vers une nouvelle génération de politiques culturelles communales ? Une tendance semble néanmoins se confirmer : les communes ne considèrent plus uniquement la culture comme un simple programme événementiel. L’art public devient progressivement un outil transversal, à la croisée : * de l’urbanisme, * de la cohésion sociale, * du tourisme, * de l’identité territoriale, * et de la communication urbaine. Les fresques murales et le street art pourraient ainsi occuper une place croissante dans les stratégies communales des prochaines années, notamment dans les villes cherchant à renforcer leur attractivité résidentielle et touristique. Dans un contexte où les centres-villes doivent se réinventer face aux mutations économiques, commerciales et sociales, l’art urbain apparaît désormais, pour de nombreuses collectivités, comme un moyen concret de redonner du sens, de la visibilité et parfois même une nouvelle identité à certains espaces publics.

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