🍪 Nous utilisons des cookies

Nous utilisons des cookies pour améliorer votre expérience de navigation, analyser le trafic du site et personnaliser le contenu. En cliquant sur « Accepter », vous consentez à l'utilisation de tous les cookies. En savoir plus dans notre Politique de confidentialité.

Énergie

Loger celles et ceux qui font tourner la commune : le logement devient-il un enjeu RH public en Suisse romande ?

13 janvier 2026
Michael Kevesse
Source: Communes Romandes - photo Lausanne tourisme
La pénurie de logements n’est plus seulement un débat de centres urbains : la Confédération parle d’une situation qui « continue de se tendre » et a lancé un plan d’action pour élargir l’offre de logements abordables. En Suisse romande, cette tension commence aussi à se lire comme un sujet de ressources humaines : quand enseignants, soignants, agents communaux, policiers ou personnels techniques n’arrivent plus à se loger à proximité, la continuité du service public devient plus difficile. Certaines institutions publiques ont déjà mis en place des logements du personnel. Reste la question centrale pour les communes : quels leviers sont réalistes, acceptables et compatibles avec le cadre suisse ?
Quand le logement cesse d’être un “décor” et devient un facteur de fonctionnement Dans les communes, la tension se repère souvent avant les statistiques : poste qui peine à se pourvoir, candidat qui renonce au dernier moment, collaborateur qui fait une heure de route faute d’alternative, ou turnover qui s’accélère dans certains métiers. Jusqu’ici, l’explication se résumait souvent à la “compétition” salariale ou à la pénibilité. Désormais, un autre motif remonte : se loger à proximité — ou s’y maintenir — devient plus difficile. Le monitorage fédéral le confirme : la pression ne se limite pas aux grands centres et la situation est jugée “préoccupante” aussi dans des régions de montagne (l’exemple cité dans le rapport concerne notamment l’Oberland bernois et les Grisons). Sans extrapoler à toute la Romandie, le signal est clair : la pénurie n’est plus un phénomène géographiquement “simple”, et elle peut frapper là où les employeurs publics ont déjà du mal à attirer. La réponse la plus directe : loger temporairement, pour sécuriser l’arrivée Face à cette contrainte, certaines institutions publiques ont choisi un outil très concret : des logements du personnel ou des hébergements de transition. Le CHUV, à Lausanne, l’expose sans détour : les logements proposés sont “avant tout destinés au personnel fixe bénéficiant d’un contrat du CHUV”, avec une priorité donnée à certains profils (notamment du personnel soignant). Le dispositif est structuré : le Bureau des logements du CHUV indique gérer “quelques 376 studios meublés” répartis dans plusieurs immeubles à Lausanne, avec une mission orientée vers l’arrivée et l’installation rapide. Les studios sont présentés comme meublés et situés à une distance compatible avec les transports publics. L’outil n’a rien d’anecdotique : il dit quelque chose d’un marché où, même pour un grand employeur public, laisser chacun “se débrouiller” peut freiner l’engagement. Même logique à Fribourg. L’Hôpital fribourgeois (HFR) met à disposition de ses nouveaux collaborateurs “diverses possibilités d’hébergements meublés (à durée limitée) : studios, communautés d’habitation, chambres”, explicitement pour faciliter l’arrivée dans une nouvelle région. Là encore, le message est RH : l’hébergement n’est pas un “avantage”, c’est un pont entre la signature du contrat et une installation durable. En Valais, l’Hôpital du Valais publie aussi des descriptifs de logements collaborateurs (chambres/studios) et des modalités pratiques, y compris le fait que le loyer peut être directement déduit du salaire mensuel ou facturé si la personne n’est pas salariée. Ce niveau de détail montre un dispositif pensé comme une pièce du recrutement, avec des règles et une logistique assumées. Le pas supplémentaire : quand la commune commence à “faire du logement” pour tenir son territoire À l’échelle communale, le saut est plus sensible politiquement : une commune n’est pas un hôpital, et la question “pour qui construit-on ?” devient vite un débat d’équité. Pourtant, certaines collectivités assument désormais de structurer une réponse. À Val de Bagnes, une page officielle de projet présente la création d’une Fondation du logement avec une mission de “construire, rénover, louer et gérer des logements à loyers abordables” notamment à destination des résidents et, plus largement, dans l’objectif de répondre à des besoins identifiés par la commune. Le cas n’est pas à généraliser, mais il illustre une tendance : dans des territoires où la pression du marché est forte (souvent alimentée par des dynamiques touristiques ou un foncier rare), la politique du logement devient un outil de stabilisation — et, indirectement, un levier pour maintenir les services et l’économie locale. Genève : l’“utilité publique” comme cadre, plutôt que l’arbitraire En Suisse romande, Genève fournit un repère important : le canton a un cadre explicite autour des logements d’utilité publique (LUP). La page officielle du canton rappelle l’entrée en vigueur en 2021 d’une modification légale en zone de développement, avec une part minimale affectée aux LUP, dans une logique visant un objectif cantonal de 20% du parc. Ce qui compte ici, ce n’est pas de transposer Genève à l’identique, mais de comprendre le bénéfice d’un cadre : quand les règles sont posées (catégories, contrôle, modalités), la discussion publique peut se déplacer du soupçon (“on favorise qui ?”) vers la gouvernance (“quels objectifs, quels critères, quelle transparence ?”). Le texte de loi genevois sur la construction de LUP est accessible en ligne. Et un règlement d’exécution détaille notamment des catégories de logements d’utilité publique. Genève dispose aussi d’un outil institutionnel : la Fondation pour la promotion du logement bon marché et de l’habitat coopératif (FPLC) se présente comme une fondation de droit public au service du logement, impulsée par le canton. Des documents officiels liés aux statuts et à leur approbation existent également. Les leviers “suisses” qui parlent aux communes : garder le foncier, garantir la durée Si l’on cherche ce que les communes peuvent réellement activer sans copier le débat français, un mot revient souvent : droit de superficie (DDP). L’OFL rappelle que la cession de bien-fonds en droit de superficie permet aux pouvoirs publics de poursuivre des objectifs à long terme en matière de logement tout en restant propriétaires du terrain. Plus opérationnel encore : l’OFL a publié des recommandations sur l’octroi de droits de superficie à des maîtres d’ouvrage d’utilité publique, en expliquant qu’en accordant un tel droit, le propriétaire public peut assurer la mise à disposition durable de logements abordables “à des conditions équitables” — et que ces droits sont en principe accordés par cantons, villes et communes. Dans le canton de Vaud, un guide sur les logements d’utilité publique décrit aussi le DDP comme un outil usuel (sous l’appellation de droit distinct et permanent). Ce sont des instruments de gouvernance plus que des slogans : ils permettent de conditionner la durée, l’affectation et parfois les conditions de loyers, plutôt que de “subventionner une fois” et perdre la main ensuite. Ce que la pénurie change, très concrètement, pour la gestion RH publique Les exemples romands disponibles montrent une bascule silencieuse. Les employeurs publics ne parlent pas d’“avantage logement” comme dans une brochure de recrutement : ils mettent en place des dispositifs transitoires, souvent meublés et à durée limitée, pour empêcher qu’une promesse d’embauche s’effondre sur une contrainte de marché. Pour les communes, la question devient alors moins idéologique qu’opérationnelle : veut-on éviter que le logement fragilise certains métiers indispensables (écoles, services techniques, petite enfance, soins) ? Et si oui, quel outil est légitime localement : un partenariat avec une fondation ou une coopérative, une politique foncière plus active, un contingent limité de logements transitoires, ou un recours au DDP pour garantir dans le temps une offre à loyer modéré ? Conclusion La pénurie de logements, documentée au niveau fédéral et traitée via un plan d’action, commence à se lire aussi comme un sujet de capacité d’action publique au quotidien. La Suisse romande offre déjà des signaux nets : des institutions publiques structurent des logements du personnel (CHUV, HFR, Hôpital du Valais), et certaines communes ou cantons outillent la production de logements à loyer modéré via des cadres et des instruments de long terme (LUP, fondations, droit de superficie).

Articles similaires

Énergie

Marly : comment une commune transforme son chauffage en réseau énergétique territorial

À Marly, dans le canton de Fribourg, la transition énergétique ne se résume plus à quelques installations photovoltaïques ou au remplacement individuel des chaudières. Elle se construit désormais sous les rues. Depuis le mois d’août 2026, plusieurs nouveaux chantiers prolongent le chauffage à distance dans différents secteurs de la commune, tandis qu’une nouvelle extension au chemin des Épinettes vient d’être mise à l’enquête. Derrière ces travaux se dessine une transformation plus ambitieuse : relier progressivement bâtiments, quartiers et infrastructures à un système capable de valoriser plusieurs ressources énergétiques locales et renouvelables. À Marly, une partie de la chaleur provient même indirectement de l’eau du lac de la Gruyère, grâce à la réutilisation d’une ancienne infrastructure industrielle. Un cas concret de ce que peut devenir la transition énergétique à l’échelle communale.

Énergie

Produire et partager son électricité : les communes à l’heure des communautés énergétiques locales

Depuis le 1er janvier 2026, les communautés électriques locales (CEL) sont devenues une réalité en Suisse. Désormais, une commune, ses habitants, ses entreprises et ses bâtiments publics peuvent partager localement l’électricité produite sur leur territoire. Derrière cette évolution législative se cache une petite révolution pour les collectivités romandes : écoles, salles communales, administrations, infrastructures sportives et quartiers résidentiels pourraient demain fonctionner grâce à une énergie produite à quelques centaines de mètres seulement. Entre opportunités économiques, nouveaux défis techniques et ambitions climatiques, les communes se retrouvent au cœur de cette transformation énergétique.

Énergie

Nouvelle loi vaudoise sur l’énergie : les communes anticipent déjà les défis de 2027

Adoptée par le Grand Conseil vaudois au début de l’année, la nouvelle loi sur l’énergie entrera en vigueur le 1er janvier 2027. Cette réforme constitue l’une des évolutions les plus importantes de ces dernières années en matière de politique énergétique cantonale. Si les propriétaires privés sont directement concernés, les communes le seront tout autant. Gestion de leur patrimoine immobilier, planification énergétique, accompagnement des habitants ou encore développement des énergies renouvelables : les collectivités locales se préparent déjà à une nouvelle étape de la transition énergétique. À Épalinges, plusieurs actions illustrent cette volonté d’anticipation

Communes Romandes

Communes Romandes

Le Bulletin des Communes Romandes

Votre publication de référence sur la vie institutionnelle et le développement local. Diffusé auprès des élus, syndics et responsables communaux, le Bulletin valorise les initiatives, projets et témoignages des autorités locales de Suisse romande. Un espace d'information et de partage consacré à la gouvernance communale, à l'aménagement du territoire, à la transition énergétique, à la culture et à l'économie régionale.

Contact

communes-romandes.ch

Nous contacter

© 2025 Communes Romandes. Tous droits réservés.