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Social

Mal-être des jeunes : quel rôle pour les communes face à l’explosion des besoins ?

15 décembre 2025
Sandrine Novea
Source: Communes Romandes - photo Marco Aurélio Conde
Anxiété, isolement, décrochage scolaire, troubles du comportement : depuis plusieurs années, les signaux d’alerte se multiplient chez les enfants et les adolescents. En Suisse romande, les communes se retrouvent en première ligne face à une demande croissante de soutien psychologique, souvent avant même les structures cantonales ou médicales. Comment les collectivités locales s’adaptent-elles à cette nouvelle réalité, et jusqu’où peut aller leur action ?
Une souffrance plus visible, plus précoce La dégradation de la santé mentale des jeunes n’est plus un phénomène marginal. Les directions d’école, les services sociaux communaux et les animateurs de jeunesse constatent une hausse des situations de mal-être, parfois dès l’école primaire : anxiété généralisée, troubles du sommeil, comportements à risque, replis sociaux. La crise sanitaire a joué un rôle d’accélérateur, mais les causes sont plus profondes : pression scolaire, hyperconnexion, inquiétudes climatiques, précarité de certaines familles, tensions sociales. Pour les communes, cette réalité se manifeste très concrètement : demandes d’aide plus fréquentes, situations d’urgence à gérer, parents démunis qui se tournent vers les autorités locales faute d’autres interlocuteurs immédiats. Les communes, premier point de contact Si la santé mentale relève principalement des cantons et du système de santé, les communes occupent une position stratégique. Elles sont souvent le premier point de contact : écoles, services de l’enfance et de la jeunesse, travailleurs sociaux, médiateurs scolaires, maisons de quartier. Cette proximité permet une détection plus précoce des difficultés, mais elle met aussi les structures communales sous tension. De nombreuses communes romandes ont ainsi renforcé les dispositifs d’écoute et d’accompagnement : permanences sociales, consultations psychologiques subventionnées, présence accrue d’éducateurs spécialisés dans les écoles ou les espaces jeunesse. L’objectif n’est pas de se substituer aux professionnels de la santé, mais d’éviter que des situations fragiles ne dégénèrent faute de prise en charge rapide. École, famille, commune : une coordination essentielle Face à des problématiques complexes, la réponse communale ne peut être isolée. Les expériences les plus efficaces reposent sur une coordination étroite entre écoles, familles, services sociaux, associations locales et autorités cantonales. Certaines communes ont mis en place des cellules de coordination ou des réseaux interprofessionnels permettant de partager l’information, dans le respect du cadre légal, et d’orienter plus efficacement les jeunes vers les bons dispositifs. Parallèlement, le soutien aux parents devient un levier central. Ateliers de parentalité, espaces de parole, accompagnement des familles en difficulté : les communes cherchent à renforcer les compétences parentales pour agir en amont, avant que le mal-être des jeunes ne s’installe durablement. Prévenir plutôt que réparer Au-delà de la gestion des situations critiques, les communes investissent de plus en plus dans la prévention. Activités sportives et culturelles accessibles, espaces de rencontre sécurisés, projets participatifs pour les jeunes : autant d’outils qui contribuent à renforcer le sentiment d’appartenance et l’estime de soi. L’aménagement du cadre de vie – espaces verts, lieux de socialisation, mobilité douce – est également reconnu comme un facteur indirect mais déterminant du bien-être psychique. Cette approche préventive suppose cependant des moyens financiers, humains et une vision politique claire, dans un contexte budgétaire souvent contraint. Bilan 2025 : une prise de conscience, mais des défis persistants À l’issue de l’année 2025, un constat s’impose : la santé mentale des jeunes est désormais pleinement identifiée comme un enjeu communal majeur. Les communes romandes ont multiplié les initiatives, renforcé les collaborations et assumé un rôle de proximité indispensable. Cette mobilisation a permis une meilleure détection des situations à risque et une réponse plus rapide sur le terrain. Mais les défis restent considérables. La pénurie de professionnels, la hausse continue des besoins, la complexité des parcours de prise en charge et la répartition des compétences entre niveaux institutionnels limitent encore l’efficacité des dispositifs. Le bilan 2025 met en lumière une conviction partagée : sans un soutien renforcé des cantons et de la Confédération, et sans une reconnaissance durable du rôle des communes, la prévention du mal-être des jeunes restera fragile. Pour les collectivités locales, l’enjeu des prochaines années sera clair : transformer l’urgence actuelle en une politique structurelle, capable d’offrir aux jeunes des communes romandes un environnement réellement favorable à leur équilibre psychique et à leur avenir.

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