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Infrastructure

Patrimoine et chantiers : les communes romandes face aux fouilles archéologiques. Une compétence cantonale… mais une responsabilité locale croissante

1 décembre 2025
Sandrine Novea
Source: Communes Romandes - Photo Claudio Carrozzo
Alors que certaines villes européennes, comme Seclin en France, ont choisi d’internaliser leurs fouilles archéologiques pour mieux concilier développement urbain et préservation patrimoniale, la Suisse romande fonctionne selon un modèle radicalement différent. Les communes n’y mènent pas directement les fouilles, mais elles en supportent souvent les conséquences financières, logistiques et temporelles. Entre urgence de construire, protection du patrimoine et coordination interinstitutionnelle, les communes romandes se retrouvent au cœur d’un dispositif qu’elles ne contrôlent pas totalement.
Un cadre suisse très différent : la compétence archéologique est cantonale En Suisse, la protection et l’exploration archéologique relèvent des services cantonaux d’archéologie, placés sous l’autorité des directions cantonales de la culture ou du patrimoine. Ce sont eux qui : ordonnent les fouilles préventives, réalisent les expertises de terrain, coordonnent les campagnes archéologiques, supervisent les chantiers à potentiel patrimonial, gèrent les vestiges découverts, pilotent la conservation et la documentation. Aucun canton romand ne délègue cette compétence aux communes. Il n’existe donc pas, à ce jour, de “service archéologique communal” comparable au modèle français de Seclin. Mais les communes sont directement impactées : délais, coûts, projets publics stoppés Même si elles ne dirigent pas les fouilles, les communes en subissent souvent les effets directs. Trois réalités s’imposent en Suisse romande : 1. Les délais de fouilles peuvent retarder des projets communaux majeurs Les fouilles préventives — obligatoires dès qu’un terrain présente un risque archéologique — peuvent suspendre : la construction d’écoles, des aménagements publics, des projets de logement, des rénovations d’infrastructures, des aménagements de zones industrielles. 2. Les coûts peuvent être lourds pour certaines petites communes Selon les cantons et les projets, la facture des fouilles peut être : à la charge du maître d’ouvrage, donc à la charge de la commune, lorsqu’il s'agit d’un équipement public. Ce sujet a créé plusieurs tensions en Suisse romande. Exemple : dans le canton de Vaud, plusieurs communes ont vu leurs budgets déséquilibrés par des fouilles imposées avant des chantiers publics. 3. Les communes doivent gérer la communication avec la population Les habitants s’interrogent souvent : “Pourquoi le chantier est-il arrêté ?”, “Combien ça va coûter ?”, “Que va-t-on trouver ?”. La commune doit donc informer, rassurer, expliquer, alors qu’elle ne maîtrise pas le calendrier des fouilles. Des exemples romands où la commune est fortement impliquée (sans internaliser) Même si elles ne réalisent pas les fouilles, certaines communes romandes jouent un rôle fort dans la mise en valeur et la coordination : Avenches (VD/FR) – la commune au cœur d’un site romain majeur Collaboration étroite entre la commune, le canton de Vaud et le Site et Musée romains d’Avenches. La commune assure la logistique locale, la mise à disposition d’espaces, l’accueil et la valorisation touristique. Lausanne – Vidy et Métamorphose Dans le cadre du programme Métamorphose, des fouilles d’envergure ont été menées sur les sites romains de Vidy. La commune organise la communication publique, la coordination de chantier et les impacts sur les projets d’urbanisme. Sion et le Valais central Chaque nouveau chantier public peut déclencher une intervention du Service cantonal d’archéologie (SCA). La commune gère la relation avec les entreprises, l’organisation du site et les ajustements du calendrier. Yverdon-les-Bains – Castrum et thermes romains Le territoire communal est archéologiquement riche. La ville collabore régulièrement avec le service cantonal et participe à la mise en valeur et à la médiation. Aucun de ces cas n’est comparable à un service archéologique communal autonome, mais tous montrent une forte co-responsabilité locale. Pourquoi les communes romandes n’internalisent-elles pas ? Trois raisons principales : 1. Cadre légal fédéral et cantonal très strict La Loi fédérale sur la protection de la nature et du paysage (LPN) et les lois cantonales confient explicitement l’archéologie aux cantons. 2. Données scientifiques complexes Les fouilles nécessitent : archéologues diplômés, conservateurs-restaurateurs, spécialistes en SIG, datation, céramologie, paléobotanique, etc. Difficile pour une commune, même grande, de constituer une équipe compétente. 3. Mutualisation des compétences Les cantons préfèrent centraliser : expertise, matériel, laboratoires, documentation scientifique. Cela crée une cohérence régionale difficile à reproduire localement. Un chantier sensible : concilier patrimoine et urbanisme local Les communes expriment régulièrement trois préoccupations : ✔ Prévisibilité des fouilles Les services cantonaux annoncent parfois les interventions tardivement, ce qui complique la planification communale. ✔ Poids financier Les fouilles préventives peuvent peser sur le budget communal, notamment pour les projets publics (salles polyvalentes, écoles, réseaux). ✔ Communication publique Les élus doivent gérer la relation avec : habitants, entreprises de construction, médias locaux, alors que la commune ne maîtrise ni la durée, ni les méthodes, ni le coût final de la fouille. Vers plus de coordination canton–commune ? Plusieurs pistes émergent en Suisse romande : cartographies archéologiques anticipées mieux partagées avec les communes, protocoles de planification intégrés dans les projets immobiliers, fonds de soutien pour les petites communes touchées par des fouilles coûteuses, valorisation publique des découvertes (parcours patrimoniaux, panneaux, visites), communication coordonnée canton–commune pour éviter les malentendus. Ces évolutions visent à rapprocher les services cantonaux du terrain communal, sans remettre en cause la compétence centrale du canton. Conclusion Les communes romandes ne disposent pas d’un équivalent du modèle français de Seclin : elles n’internalisent pas l’archéologie. Mais elles sont aujourd’hui pleinement impliquées, souvent en première ligne lorsqu’il s’agit de : gérer les retards de chantier, assumer une partie des coûts, informer les citoyens, valoriser les découvertes, adapter l’urbanisme aux contraintes patrimoniales. Dans un paysage urbain en pleine transformation — densification, infrastructures, mobilité — la coordination entre archéologie cantonale et communes romandes est devenue un enjeu majeur, à la croisée du patrimoine et du développement territorial.

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