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Quand la ville s'éveille après le coucher du soleil : les communes romandes repensent l'éclairage public face aux nouveaux usages de l'été
Énergie
Quand la ville s'éveille après le coucher du soleil : les communes romandes repensent l'éclairage public face aux nouveaux usages de l'été
Quand la ville s'éveille après le coucher du soleil : les communes romandes repensent l'éclairage public face aux nouveaux usages de l'été
13 juillet 2026
Michael Kevesse
Source: Rédaction Bulletin Communes Romandes - photo Hotel Le Rive Nyon
Les épisodes de fortes chaleurs modifient progressivement les habitudes de vie dans les communes romandes. Les promenades, les activités sportives, les manifestations culturelles et la fréquentation des espaces publics se déplacent de plus en plus vers les heures les plus fraîches de la soirée. Cette évolution amène les collectivités à repenser leur politique d'éclairage public. Loin d'un simple enjeu technique, celui-ci devient un véritable outil d'aménagement du territoire, conciliant sécurité, sobriété énergétique, biodiversité et qualité de vie. À Nyon, l'adoption récente d'un nouveau Plan Lumière illustre cette nouvelle approche.
Lorsque les températures dépassent les 30 degrés durant plusieurs jours consécutifs, les rythmes de vie évoluent naturellement. Les places publiques se remplissent davantage après le coucher du soleil, les familles prolongent leurs sorties, les activités sportives se déroulent plus tard en soirée et les manifestations estivales attirent un public plus nombreux jusqu'à une heure avancée de la nuit.
Ce phénomène, qui s'observe désormais chaque été dans de nombreuses communes romandes, conduit progressivement les collectivités à adapter leur manière de concevoir l'espace public nocturne. L'éclairage, longtemps considéré comme un simple équipement de voirie, devient aujourd'hui un véritable outil de gestion urbaine.
L'objectif n'est plus uniquement d'éclairer davantage, mais d'éclairer mieux.
Une nouvelle vision de la ville après la tombée de la nuit
Durant plusieurs décennies, l'éclairage public répondait principalement à deux missions : assurer la sécurité des déplacements et permettre la circulation automobile.
Aujourd'hui, les attentes sont beaucoup plus larges.
Les communes doivent concilier plusieurs objectifs parfois contradictoires : garantir un sentiment de sécurité pour les habitants, limiter la consommation énergétique, préserver la biodiversité nocturne, réduire la pollution lumineuse et accompagner l'évolution des usages de l'espace public.
Cette réflexion prend une importance particulière durant la période estivale, lorsque la vie communale se prolonge bien après le coucher du soleil.
Les places de village accueillent davantage de terrasses, les promenades au bord des lacs restent animées jusque tard dans la soirée et les infrastructures sportives connaissent souvent une fréquentation accrue.
Dans ce contexte, un éclairage uniforme sur l'ensemble du territoire ne répond plus aux besoins réels.
L'éclairage devient un outil de planification territoriale
Les nouvelles technologies offrent aujourd'hui une grande souplesse aux collectivités.
Les luminaires LED programmables permettent d'adapter précisément l'intensité lumineuse selon les horaires, les quartiers ou encore la fréquentation des espaces publics. Certaines installations peuvent même être pilotées à distance afin de modifier rapidement les scénarios d'éclairage en fonction d'événements particuliers ou de l'évolution des usages.
Cette approche permet d'éclairer davantage les lieux les plus fréquentés tout en réduisant fortement l'intensité lumineuse dans les secteurs résidentiels ou les espaces naturels durant les heures où ils sont peu utilisés.
La logique évolue ainsi d'une gestion uniforme vers une gestion différenciée du territoire communal.
Sobriété énergétique et qualité de vie ne sont plus incompatibles
Depuis la crise énergétique de 2022, de nombreuses communes suisses ont engagé une réflexion approfondie sur leur consommation électrique.
L'extinction partielle de l'éclairage public a permis de réaliser d'importantes économies, mais elle a également suscité des interrogations concernant la sécurité ou le confort des habitants.
Aujourd'hui, les collectivités recherchent un meilleur équilibre.
Plutôt que d'opposer extinction totale et éclairage permanent, elles privilégient des solutions plus fines : modulation de l'intensité, maintien de l'éclairage sur certains axes structurants, adaptation des horaires ou encore programmation spécifique lors d'événements culturels ou festifs.
Cette évolution répond également aux enjeux environnementaux. Une meilleure maîtrise de l'éclairage contribue à limiter la pollution lumineuse, à préserver la faune nocturne et à réduire les consommations énergétiques des infrastructures communales.
Nyon adopte un Plan Lumière pour penser la ville de nuit
La Ville de Nyon illustre cette évolution avec l'adoption récente de son Plan Lumière, présenté comme un véritable document stratégique destiné à guider l'aménagement nocturne de l'ensemble du territoire communal. Mis à jour en juin 2026, ce plan ne se limite pas au remplacement des luminaires : il définit une vision globale de l'éclairage des rues, des places, des parcs, du patrimoine et des espaces publics.
Le document poursuit plusieurs objectifs complémentaires.
Il vise notamment à améliorer le confort des déplacements des piétons et des cyclistes, à renforcer la cohérence des ambiances nocturnes, à limiter les consommations d'énergie et à protéger l'environnement nocturne.
La municipalité entend également mettre en valeur certains bâtiments patrimoniaux et espaces emblématiques tout en réduisant les nuisances lumineuses dans les secteurs sensibles.
Cette approche marque une évolution importante : l'éclairage n'est plus considéré comme un simple équipement technique, mais comme un véritable levier d'aménagement urbain.
Adapter l'éclairage aux usages plutôt qu'à l'inverse
Les collectivités observent également une évolution des comportements liée aux épisodes de fortes chaleurs.
Lorsque les températures restent élevées en journée, les habitants reportent naturellement leurs déplacements vers les heures plus fraîches.
Les promenades familiales, les activités sportives, les manifestations culturelles en plein air ou encore les animations estivales occupent davantage les espaces publics jusqu'en soirée.
Dans ce contexte, les politiques d'éclairage doivent être suffisamment souples pour accompagner ces nouveaux usages tout en conservant leurs objectifs de sobriété énergétique.
L'enjeu consiste désormais à adapter la lumière aux besoins réels des habitants plutôt qu'à appliquer des horaires identiques sur l'ensemble du territoire communal.
Une approche déjà mise en œuvre dans d'autres communes
Cette évolution se retrouve également dans d'autres collectivités romandes.
Au Locle, un nouveau dispositif d'éclairage hybride est entré en vigueur au printemps 2026. Les axes principaux restent éclairés toute la nuit, tandis que certains quartiers résidentiels connaissent une extinction partielle durant les heures les moins fréquentées. Cette organisation permet de concilier les exigences légales, les attentes des habitants, les impératifs de sécurité et la maîtrise des consommations énergétiques.
D'autres communes adaptent progressivement leurs horaires d'extinction ou modernisent leurs installations afin de disposer d'un pilotage plus précis de leur réseau d'éclairage. Cette tendance témoigne d'une évolution plus large de la gestion des infrastructures publiques.
Penser la nuit comme un espace public à part entière
À mesure que les étés deviennent plus chauds, la ville nocturne occupe une place croissante dans les politiques communales.
L'éclairage public participe désormais à la qualité de vie, au développement des mobilités douces, à la valorisation du patrimoine, à la sécurité des déplacements, à la protection de la biodiversité et à la transition énergétique.
Pour les collectivités, il ne s'agit plus uniquement d'installer des lampadaires plus performants, mais de définir une véritable stratégie de la nuit.
Les communes romandes montrent ainsi que la transition énergétique ne repose pas uniquement sur les bâtiments ou les énergies renouvelables. Elle s'exprime également dans des choix d'aménagement plus subtils, capables d'améliorer durablement le cadre de vie tout en répondant aux nouveaux défis climatiques.
À Marly, dans le canton de Fribourg, la transition énergétique ne se résume plus à quelques installations photovoltaïques ou au remplacement individuel des chaudières. Elle se construit désormais sous les rues. Depuis le mois d’août 2026, plusieurs nouveaux chantiers prolongent le chauffage à distance dans différents secteurs de la commune, tandis qu’une nouvelle extension au chemin des Épinettes vient d’être mise à l’enquête. Derrière ces travaux se dessine une transformation plus ambitieuse : relier progressivement bâtiments, quartiers et infrastructures à un système capable de valoriser plusieurs ressources énergétiques locales et renouvelables. À Marly, une partie de la chaleur provient même indirectement de l’eau du lac de la Gruyère, grâce à la réutilisation d’une ancienne infrastructure industrielle. Un cas concret de ce que peut devenir la transition énergétique à l’échelle communale.
Depuis le 1er janvier 2026, les communautés électriques locales (CEL) sont devenues une réalité en Suisse. Désormais, une commune, ses habitants, ses entreprises et ses bâtiments publics peuvent partager localement l’électricité produite sur leur territoire. Derrière cette évolution législative se cache une petite révolution pour les collectivités romandes : écoles, salles communales, administrations, infrastructures sportives et quartiers résidentiels pourraient demain fonctionner grâce à une énergie produite à quelques centaines de mètres seulement. Entre opportunités économiques, nouveaux défis techniques et ambitions climatiques, les communes se retrouvent au cœur de cette transformation énergétique.
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