Solaire et patrimoine : le dilemme des centres historiques
Énergie
Solaire et patrimoine : le dilemme des centres historiques
Solaire et patrimoine : le dilemme des centres historiques
16 mars 2026
Alex Rochât
Source: Communes Romandes - Photo: F. Biasca-Caroni, Patrimoine suisse
La transition énergétique encourage l’installation de panneaux solaires sur les toitures. Mais dans les centres historiques, cette évolution se heurte parfois à un autre impératif : la protection du patrimoine bâti. En Suisse romande comme ailleurs dans le pays, certaines installations photovoltaïques ont été refusées ou adaptées afin de préserver l’identité architecturale des localités. Une situation qui illustre les arbitrages auxquels sont confrontées les autorités territoriales entre production d’énergie renouvelable et conservation des paysages urbains.
Une priorité nationale : développer l’énergie solaire
Face aux défis climatiques et énergétiques, la Suisse cherche à accélérer le développement des énergies renouvelables. L’énergie solaire occupe une place centrale dans cette stratégie. Les toitures des bâtiments publics et privés représentent en effet un potentiel important pour la production d’électricité photovoltaïque.
Les programmes de soutien fédéraux et cantonaux encouragent ainsi les propriétaires à installer des panneaux solaires. Dans de nombreuses communes, les autorités locales favorisent également ces installations sur les bâtiments administratifs, les écoles ou les infrastructures publiques.
Mais cette dynamique se confronte parfois à une autre priorité : la protection du patrimoine architectural.
Des centres historiques particulièrement protégés
La Suisse possède un patrimoine bâti particulièrement riche, composé de centres historiques bien conservés et de villages anciens qui font partie de l’identité du paysage suisse.
De nombreuses localités sont inscrites dans l’Inventaire fédéral des sites construits d’importance nationale (ISOS), un inventaire qui identifie les sites présentant une valeur architecturale et urbanistique particulière.
Dans ces zones, les autorités doivent veiller à préserver :
• l’aspect des toitures
• les matériaux traditionnels
• l’harmonie générale des bâtiments
Toute transformation visible, y compris l’installation de panneaux photovoltaïques, peut donc faire l’objet d’un examen attentif.
Un exemple dans le canton de Vaud
Dans plusieurs communes vaudoises, des projets photovoltaïques ont ainsi suscité des discussions lorsqu’ils concernaient des bâtiments situés dans des zones protégées.
Dans l’un de ces cas, un propriétaire souhaitait installer des panneaux solaires sur la toiture d’un bâtiment situé dans un centre historique recensé par l’ISOS. Les autorités locales ont estimé que les installations prévues seraient très visibles depuis l’espace public et risquaient d’altérer l’apparence traditionnelle de la toiture.
Le projet a donc été refusé dans sa forme initiale, les autorités invitant le propriétaire à étudier des solutions alternatives, notamment une installation moins visible ou mieux intégrée dans la toiture.
Ce type de décision illustre la manière dont les communes doivent arbitrer entre des objectifs parfois contradictoires.
Un débat entre deux priorités légitimes
Ces situations suscitent régulièrement des discussions entre différents acteurs.
D’un côté, les défenseurs du patrimoine soulignent l’importance de préserver l’identité architecturale des centres historiques, qui constitue souvent un élément essentiel de l’attractivité des localités.
De l’autre, les partisans du développement du solaire estiment que la transition énergétique nécessite d’utiliser au maximum les surfaces disponibles, y compris dans les zones anciennes.
Dans certaines régions, ce débat a pris de l’ampleur à mesure que les objectifs énergétiques se sont renforcés.
Des solutions de compromis
Face à ces tensions, plusieurs solutions sont progressivement explorées par les communes et les autorités cantonales.
Parmi les pistes les plus souvent envisagées :
• installer les panneaux sur des versants de toiture moins visibles
• privilégier des installations intégrées directement dans les matériaux de couverture
• développer des installations solaires sur des bâtiments publics ou industriels situés en dehors des centres historiques
Les progrès technologiques contribuent également à faciliter ces compromis. Certains panneaux photovoltaïques peuvent aujourd’hui être intégrés de manière plus discrète dans les toitures.
Un rôle central pour les autorités locales
Dans ce type de situation, les communes jouent un rôle essentiel. Ce sont souvent elles qui délivrent les autorisations de construire et qui doivent examiner les projets d’installation solaire.
Les autorités communales doivent alors prendre en compte plusieurs éléments :
• les objectifs énergétiques nationaux
• la protection du patrimoine
• les règlements communaux d’urbanisme
• l’impact visuel des installations
Ces décisions se prennent généralement au cas par cas, en fonction du contexte architectural et de la visibilité des installations.
Un enjeu appelé à se développer
mesure que la transition énergétique s’accélère, la question de l’intégration des panneaux solaires dans les centres historiques devrait se poser de plus en plus fréquemment.
La Suisse possède un grand nombre de localités anciennes, tandis que la production d’énergie solaire est appelée à jouer un rôle croissant dans le système énergétique national.
Pour les communes, l’enjeu consiste donc à trouver des solutions permettant à la fois de préserver le patrimoine bâti et de contribuer aux objectifs climatiques.
Ces arbitrages illustrent la complexité des décisions territoriales contemporaines, où les autorités locales doivent concilier des enjeux environnementaux, patrimoniaux et urbanistiques parfois difficiles à harmoniser.
À Marly, dans le canton de Fribourg, la transition énergétique ne se résume plus à quelques installations photovoltaïques ou au remplacement individuel des chaudières. Elle se construit désormais sous les rues. Depuis le mois d’août 2026, plusieurs nouveaux chantiers prolongent le chauffage à distance dans différents secteurs de la commune, tandis qu’une nouvelle extension au chemin des Épinettes vient d’être mise à l’enquête. Derrière ces travaux se dessine une transformation plus ambitieuse : relier progressivement bâtiments, quartiers et infrastructures à un système capable de valoriser plusieurs ressources énergétiques locales et renouvelables. À Marly, une partie de la chaleur provient même indirectement de l’eau du lac de la Gruyère, grâce à la réutilisation d’une ancienne infrastructure industrielle. Un cas concret de ce que peut devenir la transition énergétique à l’échelle communale.
Depuis le 1er janvier 2026, les communautés électriques locales (CEL) sont devenues une réalité en Suisse. Désormais, une commune, ses habitants, ses entreprises et ses bâtiments publics peuvent partager localement l’électricité produite sur leur territoire. Derrière cette évolution législative se cache une petite révolution pour les collectivités romandes : écoles, salles communales, administrations, infrastructures sportives et quartiers résidentiels pourraient demain fonctionner grâce à une énergie produite à quelques centaines de mètres seulement. Entre opportunités économiques, nouveaux défis techniques et ambitions climatiques, les communes se retrouvent au cœur de cette transformation énergétique.
Adoptée par le Grand Conseil vaudois au début de l’année, la nouvelle loi sur l’énergie entrera en vigueur le 1er janvier 2027. Cette réforme constitue l’une des évolutions les plus importantes de ces dernières années en matière de politique énergétique cantonale. Si les propriétaires privés sont directement concernés, les communes le seront tout autant. Gestion de leur patrimoine immobilier, planification énergétique, accompagnement des habitants ou encore développement des énergies renouvelables : les collectivités locales se préparent déjà à une nouvelle étape de la transition énergétique. À Épalinges, plusieurs actions illustrent cette volonté d’anticipation