Chauffage au mazout : pourquoi les communes romandes voient déjà la transition s’accélérer
Énergie
Chauffage au mazout : pourquoi les communes romandes voient déjà la transition s’accélérer
Chauffage au mazout : pourquoi les communes romandes voient déjà la transition s’accélérer
16 janvier 2026
Alex Rochat
Source: Communes Romandes -
Le mazout reste, aujourd’hui encore, la première source de chauffage des bâtiments d’habitation en Suisse : 35% des bâtiments étaient chauffés au mazout en 2024, tandis que 52% étaient chauffés aux énergies fossiles (mazout + gaz). Mais la part du mazout recule sur le long terme, et les règles cantonales comme les aides au remplacement orientent de plus en plus le parc vers des solutions renouvelables. À l’échelle des communes romandes — en particulier rurales et de montagne — l’enjeu est très concret : planifier les rénovations, accompagner les propriétaires, sécuriser les filières (installateurs, réseaux) et éviter que la transition ne devienne un facteur d’inégalités.
Un parc encore très “mazout”, mais en bascule progressive
En Suisse, la dépendance au mazout pour le chauffage reste massive. Les statistiques fédérales sur le parc bâti montrent qu’en 2022, 39% des bâtiments d’habitation étaient chauffés au mazout (18% au gaz) et que deux ménages sur trois se chauffaient aux énergies fossiles (40% au mazout, 25% au gaz).
Deux ans plus tard, le mouvement de fond se confirme : en 2024, le mazout demeure la principale source d’énergie du chauffage, mais sa part est à 35% des bâtiments (gaz 17%), et l’Office fédéral de l’environnement relève un recul “constant” du mazout sur plusieurs décennies.
Ce glissement, lent mais continu, a une conséquence directe pour les communes : la question n’est plus “si” le mazout va diminuer, mais “comment” la transition se déroule sur leur territoire — et à quelle vitesse.
Pourquoi le sujet est souvent plus sensible hors des grands centres
Les données fédérales soulignent un point clé : la part du gaz varie fortement entre régions urbaines et rurales. Dit autrement, les alternatives disponibles ne sont pas identiques partout — et cela influence la trajectoire des remplacements.
Dans les communes où l’habitat individuel est plus présent et où les infrastructures énergétiques diffèrent, la rénovation se joue souvent “à l’unité” : maison par maison, chaudière par chaudière, avec des décisions prises par des propriétaires parfois âgés, parfois confrontés à des contraintes de budget, d’accès à des artisans, ou de faisabilité technique (place, bruit, réseau électrique, etc.). Sur ce terrain-là, l’administration communale devient un point d’appui : information, orientation, coordination, parfois exemplarité sur son propre patrimoine.
Les règles cantonales : un tournant silencieux dans la pratique
La transition ne repose pas seulement sur une dynamique de marché. Elle est aussi encadrée par des règles cantonales, qui influencent très concrètement les décisions au moment où une chaudière arrive en fin de vie.
À Genève, le cadre est explicite : le canton indique que le remplacement de pièces principales (brûleur, régulateur, corps de chaudière) sur une chaudière à mazout ou à gaz âgée de plus de 20 ans est considéré comme un remplacement du système, et que, dans ce cas, la chaudière doit être remplacée par un chauffage alimenté par des énergies renouvelables, avec des distinctions selon les composants et des possibilités de maintien dans certains cas.
Dans le canton de Vaud, la logique est différente mais tout aussi structurante : la page officielle “Législation sur l’énergie” précise qu’un audit énergétique sous la forme d’un CECB doit être réalisé lors du remplacement d’une installation de chauffage par du mazout ou du gaz (et lors de la vente d’un bâtiment d’habitation). L’effet, pour de nombreux propriétaires, est clair : même quand le choix reste possible, la décision est de plus en plus cadrée par des exigences de diagnostic et d’orientation vers l’assainissement.
Les aides : un levier décisif pour déclencher le remplacement
À côté des règles, les soutiens financiers jouent un rôle d’entraînement. Dans le canton de Vaud, les conditions du Programme Bâtiments 2026 listent des mesures de remplacement d’un chauffage principal au mazout (ou gaz/électrique) par des solutions telles que des chauffages à bois (bûches/pellets, automatique, etc.).
Pour les communes, ces dispositifs ont deux conséquences très concrètes :
ils créent un “moment” où le propriétaire envisage réellement de changer (quand une aide existe, l’acte devient plus probable) ;
ils renforcent le besoin de guichets d’information simples et fiables, car la transition est technique et administrative.
Ce que la commune peut (vraiment) faire : agir localement sans surpromettre
Les communes ne décident pas seules de la politique énergétique, mais elles ont des leviers très opérationnels — surtout si elles veulent éviter que la transition du chauffage ne se fasse dans l’urgence, lors d’une panne en plein hiver.
Donner l’exemple sur le patrimoine communal
Écoles, salles polyvalentes, bâtiments administratifs, logements communaux : l’inventaire des chaudières et un calendrier de remplacement (quand il existe) deviennent une information publique utile, parce qu’ils structurent les filières locales et crédibilisent le discours.
Mettre en place un “chemin court” pour les habitants
Le casse-tête n’est pas seulement de choisir une technologie : il est aussi de savoir par où commencer, quelles démarches sont exigées, et quelles aides existent. Les cantons publient les règles ; la commune peut les rendre lisibles, orienter vers les bons services et prévenir les erreurs (dossier incomplet, mauvais calendrier, mauvaise compréhension des exigences).
Anticiper les contraintes locales
Dans certains secteurs, les questions sont très pratiques : capacité du réseau électrique, coordination avec des travaux d’isolation, disponibilité des installateurs, bruit/implantation des unités extérieures, ou cohérence avec d’éventuels réseaux thermiques. Sur ces sujets, la commune est souvent le seul niveau capable d’organiser une information “de proximité”.
Encadré — Chiffres clés (Suisse)
2024 : 52% des bâtiments d’habitation chauffés aux énergies fossiles ; 35% au mazout ; 17% au gaz.
2022 : 39% des bâtiments chauffés au mazout ; 18% au gaz ; deux ménages sur trois se chauffent aux fossiles (40% mazout, 25% gaz).
Conclusion : une transition qui se jouera “commune par commune”
Les statistiques fédérales montrent un recul graduel du mazout, mais aussi son poids persistant dans le parc. Dans ce contexte, la transition du chauffage n’est pas seulement une question d’objectifs climatiques : c’est un sujet d’organisation territoriale. Et c’est précisément à l’échelle communale — là où se prennent les décisions de rénovation, là où se cherchent les artisans, là où se déposent les dossiers — que la sortie progressive du mazout devient un enjeu de politique publique locale.
À Marly, dans le canton de Fribourg, la transition énergétique ne se résume plus à quelques installations photovoltaïques ou au remplacement individuel des chaudières. Elle se construit désormais sous les rues. Depuis le mois d’août 2026, plusieurs nouveaux chantiers prolongent le chauffage à distance dans différents secteurs de la commune, tandis qu’une nouvelle extension au chemin des Épinettes vient d’être mise à l’enquête. Derrière ces travaux se dessine une transformation plus ambitieuse : relier progressivement bâtiments, quartiers et infrastructures à un système capable de valoriser plusieurs ressources énergétiques locales et renouvelables. À Marly, une partie de la chaleur provient même indirectement de l’eau du lac de la Gruyère, grâce à la réutilisation d’une ancienne infrastructure industrielle. Un cas concret de ce que peut devenir la transition énergétique à l’échelle communale.
Depuis le 1er janvier 2026, les communautés électriques locales (CEL) sont devenues une réalité en Suisse. Désormais, une commune, ses habitants, ses entreprises et ses bâtiments publics peuvent partager localement l’électricité produite sur leur territoire. Derrière cette évolution législative se cache une petite révolution pour les collectivités romandes : écoles, salles communales, administrations, infrastructures sportives et quartiers résidentiels pourraient demain fonctionner grâce à une énergie produite à quelques centaines de mètres seulement. Entre opportunités économiques, nouveaux défis techniques et ambitions climatiques, les communes se retrouvent au cœur de cette transformation énergétique.
Adoptée par le Grand Conseil vaudois au début de l’année, la nouvelle loi sur l’énergie entrera en vigueur le 1er janvier 2027. Cette réforme constitue l’une des évolutions les plus importantes de ces dernières années en matière de politique énergétique cantonale. Si les propriétaires privés sont directement concernés, les communes le seront tout autant. Gestion de leur patrimoine immobilier, planification énergétique, accompagnement des habitants ou encore développement des énergies renouvelables : les collectivités locales se préparent déjà à une nouvelle étape de la transition énergétique. À Épalinges, plusieurs actions illustrent cette volonté d’anticipation