Énergie

Mobilité : l’année 2026 oblige les communes à trancher, vitesse, vélo, transports publics et logistique

12 janvier 2026
Michael Kevesse
Source: Communes Romandes - photo Esa Prakasa
Entre l’extension des mesures 30 km/h (souvent motivées par le bruit et la sécurité) et une riposte politique qui cherche à resserrer les conditions sur certains axes, la mobilité locale est redevenue un sujet national. Dans le même temps, les communes doivent gérer des signaux parfois contradictoires : à Plan-les-Ouates, les aides vélos s’arrêtent au 1er janvier 2026 , tandis que la Confédération pousse l’électrification du transport de marchandises en lançant, début janvier 2026, un appel à projets pour des stations de recharge rapide pour poids lourds électriques sur le réseau des routes nationales . Résultat : en 2026, les communes romandes ne peuvent plus “additionner” des mesures ; elles doivent construire une stratégie lisible — et assumée.
Une nouvelle ligne de fracture : « 30 km/h » sur les axes principaux Le 30 km/h est devenu un marqueur politique, parce qu’il se situe au croisement de trois sujets très sensibles localement : bruit, sécurité, fluidité. Sur le plan fédéral, le Conseil fédéral a mis en consultation (le 3 septembre 2025) un projet de modification de l’ordonnance sur la signalisation routière (OSR) et de l’ordonnance sur la protection contre le bruit (OPB), présenté comme une mise en œuvre de la motion Schilliger . Dans le débat public, des organisations de mobilité et des associations de villes ont critiqué un durcissement qui réduirait la marge de manœuvre des communes et des villes . Et il y a déjà des signaux politiques forts : le 30 novembre 2025, dans le canton de Zurich, une votation a retiré aux villes de Zurich et Winterthour la possibilité d’introduire le 30 km/h sur leurs routes principales (un épisode très commenté au niveau national) . Même si la Romandie n’est pas Zurich, l’effet est clair : la question “où, quand, et pourquoi 30 km/h ?” devient plus conflictuelle et plus juridiquement encadrée. Ce que ça change pour une commune romande : la décision ne se gagne plus seulement “sur le principe”. Elle se gagne sur la preuve (bruit, sécurité, reports de trafic, cohérence du réseau) et sur la qualité du projet (aménagement, communication, contrôle, et acceptabilité). Lausanne, exemple concret : le 30 km/h de nuit comme outil “bruit” Dans ce contexte, l’expérience lausannoise est intéressante parce qu’elle documente une approche ciblée : le 30 km/h de nuit, appliqué entre 22h et 6h, sur un périmètre large. Selon la Ville, cela représente près de 60 km de voirie urbaine concernée, avec des critères liés à la densité et aux dépassements de valeurs limites du bruit ; la Ville indique qu’en septembre 2021, 33’000 riverains bénéficiaient de la mesure . Ce cas rappelle une réalité très communale : le 30 km/h n’est pas qu’un panneau — c’est souvent une politique d’assainissement (bruit), qui suppose des données, un calendrier, et une articulation avec le canton. Vélo : quand les incitations locales se réorganisent (Plan-les-Ouates, signal 2026) Autre actualité très concrète : la commune de Plan-les-Ouates indique que toutes les aides financières vélos sont supprimées dès le 1er janvier 2026 . On peut y voir un “micro-signal” utile pour beaucoup de communes : après des années d’incitations (subventions, primes, aides VAE), certaines collectivités réévaluent leurs instruments. Pas forcément parce qu’elles renoncent au vélo, mais parce qu’elles déplacent l’effort vers d’autres leviers : infrastructures (continuités cyclables), stationnement vélo, sécurité aux carrefours, jalonnement, etc. (Je ne peux pas dire que c’est la motivation de Plan-les-Ouates : la page communale ne l’explique pas.) Question clé pour 2026 : si une commune réduit les aides, elle doit compenser par une promesse visible (infrastructures, sécurité, connexion aux transports publics), sinon le message perçu peut être : “on coupe”. Logistique : la Confédération pousse les camions électriques — et ça concerne les communes Le 5 janvier 2026, l’OFROU (ASTRA) a annoncé un appel à projets : des acteurs privés sont invités à construire et exploiter des stations de recharge rapide pour poids lourds électriques sur une sélection d’aires de repos et de centres de contrôle du trafic lourd le long des routes nationales . RTS a également relayé le sujet en soulignant l’objectif de créer des infrastructures adaptées, avec une logique d’exécution par des privés . Pourquoi une commune romande devrait s’y intéresser, alors que cela se passe sur le réseau national ? Parce que la logistique “déborde” vite : zones industrielles, accès poids lourds, livraison urbaine, nuisances, sécurité, et planification des activités économiques. Même si la borne est sur l’autoroute, les effets se ressentent sur les itinéraires de desserte et l’aménagement autour des bassins d’emploi. Le vrai moteur (souvent invisible) : les Projets d’agglomération La plupart des grands chantiers mobilité en Suisse urbaine et périurbaine passent par un mécanisme de coordination transport–urbanisation : le Programme en faveur du trafic d’agglomération (PTA) de la Confédération . L’ARE rappelle que ce programme finance des projets d’agglomération lorsqu’ils coordonnent efficacement développement des transports et urbanisation . Dernière actualité structurante : pour la 5e génération, l’ARE indique que 42 agglomérations ont déposé un projet dans le délai fixé au 30 juin 2025 . Autrement dit : une grande partie des investissements mobilité de la décennie à venir se joue dans ces dossiers — où les communes doivent défendre leurs priorités (sécurité, bus, vélo, interfaces, requalification) face à d’autres urgences. 2026, en pratique : les 5 arbitrages que les communes n’échapperont pas à faire Vitesse vs bruit : “où 30 km/h apporte un gain mesurable” (nuit, abords d’écoles, traversées de localité) plutôt qu’une approche uniforme, plus exposée politiquement . Incitations vs infrastructures : si les aides vélos baissent (ex. Plan-les-Ouates), il faut accélérer la sécurisation des itinéraires et les stationnements . Mobilité du quotidien vs grands projets : protéger ce qui marche (lignes bus, correspondances, cheminements piétons) avant d’annoncer des projets difficiles à livrer. Économie locale vs nuisances : accompagner la logistique et l’électrification sans “importer” des nuisances dans les quartiers (livraison, itinéraires, horaires). Gouvernance : inscrire les mesures dans le projet d’agglomération (PTA), sinon elles restent des “coups” isolés, plus fragiles budgétairement . Conclusion : la mobilité n’est plus un catalogue — c’est une ligne politique locale En 2026, la mobilité communale devient une question de cohérence : cohérence des vitesses, cohérence des itinéraires, cohérence entre incitations et aménagements, cohérence entre économie et qualité de vie. Le débat national sur le 30 km/h et les investissements fédéraux (agglomérations, recharge poids lourds) replacent les communes au centre : ce sont elles qui absorbent l’acceptabilité, les usages et les conflits.

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