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Le commerce de proximité : les communes romandes à la rescousse des petits commerçants
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Le commerce de proximité : les communes romandes à la rescousse des petits commerçants
Le commerce de proximité : les communes romandes à la rescousse des petits commerçants
7 janvier 2026
Alex Rochat
Source: Communes Romandes
Face à la concurrence du e-commerce et des grandes surfaces, les municipalités romandes déploient des stratégies innovantes pour préserver leurs commerces locaux. De la réduction des loyers aux plateformes numériques mutualisées, tour d’horizon des initiatives qui redonnent vie aux centres-villes et villages.
Le diagnostic est connu : fermetures en cascade, vitrines vides, centres qui se désertifient. Le commerce de proximité souffre en Suisse romande comme ailleurs. Mais loin de baisser les bras, de nombreuses communes ont décidé de passer à l’offensive. Avec une conviction partagée : sans commerces, c’est tout le tissu social qui se délite.
Quand la commune devient propriétaire stratégique
À Grandson, dans le canton de Vaud, la municipalité a fait un choix audacieux en 2022 : racheter plusieurs surfaces commerciales en centre-ville pour les louer à des conditions préférentielles. L’objectif ? Maintenir une diversité de commerces et éviter que les locaux ne soient transformés en logements ou ne restent vacants.
Cette stratégie de “maîtrise foncière” séduit de plus en plus de communes. À Bulle, en Gruyère, la ville a négocié avec des propriétaires privés pour plafonner les loyers commerciaux dans certaines rues. Le résultat ne s’est pas fait attendre : trois nouveaux commerces ont ouvert leurs portes en moins d’un an.
Le syndic d’une petite commune fribourgeoise, qui préfère garder l’anonymat, confie : “Nous avons créé une régie communale dédiée aux surfaces commerciales. Certes, nous ne sommes pas rentables, mais ce n’est pas le but. Nous considérons cela comme un investissement dans la qualité de vie de nos habitants.”
La digitalisation au service du local
Paradoxalement, c’est en embrassant le numérique que certaines communes aident leurs commerces à lutter contre le e-commerce. À Nyon, la plateforme “Nyon à la carte” mutualise les offres d’une cinquantaine de commerçants locaux. Click & collect, livraison à domicile, bons cadeaux dématérialisés : tous les outils des géants du web, mais au profit des petits.
L’investissement communal initial de 80’000 francs a été amorti par l’augmentation du chiffre d’affaires local. “Les commerçants qui utilisent la plateforme ont vu leurs ventes augmenter de 15 à 30% en moyenne”, précise la responsable du développement économique de la ville.
Dans le canton du Jura, la commune de Saignelégier a opté pour une application mobile qui géolocalise les commerces et propose des promotions en temps réel. Financée conjointement par la commune et l’association des commerçants, elle compte déjà plus de 2’000 utilisateurs actifs.
Repenser l’espace public pour favoriser le commerce
L’aménagement urbain joue un rôle crucial. À Monthey, en Valais, la piétonnisation progressive du centre-ville s’accompagne d’un réaménagement des places de parc. Plutôt que de les supprimer, la commune a créé trois parkings gratuits en périphérie immédiate, à moins de 300 mètres des commerces.
La formule gagnante ? Associer piétonisation, embellissement et accessibilité. Les terrasses ont gagné en surface, des bancs et des espaces verts ont été installés, et la fréquentation a augmenté de 20% selon les comptages communaux.
À Delémont, c’est la création de “zones de rencontre” limitées à 20 km/h qui a transformé l’ambiance des rues commerçantes. Les clients flânent davantage, et les commerçants constatent une augmentation du panier moyen.
Soutien financier : du sur-mesure plutôt que du saupoudrage
Exit les subventions génériques. Les communes romandes privilégient désormais l’accompagnement personnalisé. À Martigny, un fonds de 200’000 francs par an permet de cofinancer des projets de rénovation de façades, de modernisation ou de reprise de commerce.
Mais l’argent ne coule pas sans conditions. Les commerçants doivent présenter un business plan solide et s’engager à rester ouverts au moins cinq ans. “Nous ne voulons plus financer des échecs programmés”, explique le conseiller communal en charge de l’économie.
Certaines communes vont plus loin en proposant un coaching gratuit. À Vevey, des conseillers en commerce accompagnent les nouveaux commerçants pendant leur première année d’activité. Comptabilité, marketing, réseaux sociaux : l’accompagnement est complet.
L’union fait la force : les associations de commerçants réinventées
Les traditionnelles associations de commerçants se modernisent avec l’appui des communes. À Neuchâtel, la ville finance à hauteur de 40% un poste de coordinateur qui organise des événements réguliers : braderies, marchés nocturnes, animations pour les enfants.
Ces manifestations, au-delà de leur aspect festif, créent du trafic. “Un client qui vient pour un événement découvre des commerces qu’il ne connaissait pas et y revient ensuite”, observe un commerçant neuchâtelois.
Dans le canton du Valais, plusieurs communes ont créé des “chèques-cadeaux communaux” acceptés chez tous les commerçants locaux. La commune de Sierre a même décidé de verser une partie des étrennes du personnel communal sous cette forme, garantissant ainsi plusieurs dizaines de milliers de francs de chiffre d’affaires local.
Mixité fonctionnelle : quand logement et commerce cohabitent
Face aux loyers commerciaux trop élevés, certaines communes expérimentent de nouveaux modèles. À Yverdon-les-Bains, un projet pilote combine logement et commerce dans un même bâtiment, avec des locaux commerciaux dont les charges sont partagées avec les résidents.
Cette “mutualisation des coûts” permet de diminuer de 30% les charges fixes des commerçants. Un modèle qui intéresse d’autres communes, notamment dans les zones périphériques où l’immobilier commercial peine à trouver preneur.
Les marchés : un levier sous-exploité
Longtemps considérés comme concurrents des commerces établis, les marchés hebdomadaires sont aujourd’hui vus comme des catalyseurs. À Morges, la réorganisation du marché du samedi a permis d’augmenter le nombre d’exposants de 40 à 65 en trois ans.
La recette ? Une politique de prix attractifs pour les emplacements, couplée à une sélection rigoureuse privilégiant les producteurs locaux et l’artisanat. “Le marché attire 4’000 à 5’000 personnes chaque samedi. C’est autant de clients potentiels pour nos commerces”, se réjouit l’adjointe au syndic.
Certaines communes vont jusqu’à organiser des “marchés éphémères” en soirée ou le dimanche, créant ainsi de nouvelles occasions de fréquentation du centre.
Former la relève : l’apprentissage comme stratégie
Plusieurs communes romandes ont pris conscience qu’il faut aussi penser à long terme. À La Chaux-de-Fonds, la ville propose des bourses d’apprentissage pour les jeunes qui choisissent une formation dans le commerce de détail, à condition qu’ils s’engagent ensuite à travailler trois ans dans la région.
Cette politique de formation permet non seulement de garantir une relève qualifiée, mais aussi de créer un attachement local. “Ces jeunes connaissent leur ville, ils y ont des amis, de la famille. Ils sont les mieux placés pour comprendre les besoins de la clientèle locale”, argumente un formateur.
Les limites de l’action communale
Malgré ces efforts, les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous. Certaines communes constatent que leurs initiatives ne suffisent pas à endiguer le déclin. Les causes sont multiples : changement des habitudes de consommation, vieillissement de la population, exode vers les centres urbains.
À Porrentruy, par exemple, malgré un plan de revitalisation ambitieux, cinq commerces ont fermé l’année dernière. “Nous ne pouvons pas forcer les gens à acheter local”, reconnaît lucidement le maire. “Notre rôle est de créer les conditions favorables, mais la décision finale appartient aux consommateurs.”
Certains élus pointent également les limites budgétaires. Dans un contexte de finances communales tendues, investir massivement dans le commerce de proximité n’est pas toujours populaire auprès des contribuables.
Une question de volonté politique
Ce qui distingue les communes qui réussissent, c’est souvent la détermination politique. Là où les élus considèrent le commerce comme une priorité stratégique, les moyens suivent. Ailleurs, les bonnes intentions se heurtent à l’inertie administrative ou aux arbitrages budgétaires.
L’exemple de Payerne est éloquent. Après plusieurs années d’hésitation, la commune a lancé en 2023 un vaste programme de soutien au commerce doté de 1,5 million de francs sur cinq ans. Un an plus tard, six nouveaux commerces ont ouvert, et aucun n’a fermé.
L’avenir du commerce de proximité se joue maintenant
Les experts s’accordent sur un point : les dix prochaines années seront déterminantes. Soit les communes parviennent à maintenir un tissu commercial vivant, soit elles devront accepter de devenir des cités-dortoirs où l’on ne fait plus que dormir.
Certaines communes réfléchissent déjà à des modèles hybrides : espaces de coworking intégrant une boutique, tiers-lieux combinant café et commerce équitable, magasins coopératifs gérés par les habitants eux-mêmes.
À Rolle, un projet pilote de “commerce participatif” voit le jour : les habitants peuvent devenir actionnaires d’une épicerie fine, garantissant ainsi sa pérennité tout en bénéficiant de réductions. Un modèle qui pourrait inspirer d’autres communes.
Une responsabilité partagée
Au-delà des stratégies communales, le message des élus est clair : la survie du commerce de proximité est une responsabilité partagée. Les communes créent les conditions, les commerçants doivent se moderniser et proposer un service de qualité, et les consommateurs doivent accepter parfois de payer un peu plus cher pour préserver la vie de leur quartier.
Comme le résume le syndic d’une commune valaisanne : “Nous pouvons construire les plus belles infrastructures, offrir les meilleures aides financières, mais si les habitants commandent tout sur Amazon, nous échouerons. C’est un choix de société.”
Un choix que les communes romandes, chacune à leur manière, tentent d’influencer en démontrant qu’un autre modèle est possible. Reste à savoir si ces efforts suffiront face aux mutations profondes de notre société de consommation.
Et si, pour rapprocher les citoyens de la politique communale, il suffisait parfois de sortir de l’Hôtel de Ville ? À Bussigny, dans l’Ouest lausannois, la Municipalité a choisi une formule volontairement simple : aller directement à la rencontre de la population, sur une place de la ville, pour permettre à chacun de venir poser une question, partager une idée ou simplement discuter avec ses élus. Une initiative organisée le 11 septembre à l’occasion de la Journée internationale de la démocratie.
En Suisse, il existe une particularité qui intrigue souvent les étrangers et qui continue de susciter des interrogations chez de nombreux citoyens eux-mêmes : la commune d’origine. Alors que, dans la plupart des pays, l’identité administrative est avant tout liée au lieu de naissance ou au domicile, la Suisse conserve un système unique où chaque citoyen est officiellement rattaché à une commune, parfois depuis plusieurs générations, sans forcément y avoir jamais vécu.
Face à des épisodes de chaleur plus fréquents et plus intenses, les communes romandes sont de plus en plus sollicitées pour protéger les personnes âgées, isolées ou fragilisées. Plans canicule, appels téléphoniques, visites à domicile, lieux frais, coordination avec les services de santé : la prévention devient un enjeu de proximité.