Environnement

Paysage de l’année 2026 : pourquoi la Plaine de la Lorze est devenue un modèle pour les communes suisses

31 juillet 2026
Michael Kevesse - Rédaction communes romandes
Source: Crédit photo : © KEYSTONE / Gaëtan Bally
Préserver les paysages tout en accompagnant le développement des territoires : un défi auquel sont aujourd’hui confrontées toutes les communes suisses. En décernant le titre de « Paysage de l’année 2026 » à la Plaine de la Lorze, dans le canton de Zoug, la Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage (SL-FP) met en lumière une approche exemplaire de l’aménagement du territoire. Bien plus qu’une récompense environnementale, cette distinction souligne la capacité des collectivités à construire une vision commune conciliant urbanisation, agriculture, biodiversité et qualité de vie. Une démarche dont de nombreuses communes romandes peuvent aujourd’hui s’inspirer.
Quand le paysage devient un véritable projet de territoire Le paysage est souvent perçu comme un héritage naturel, façonné par l’histoire, la géographie ou les activités humaines. Pourtant, en Suisse, il constitue également un véritable choix politique. Chaque décision d’aménagement, chaque nouvelle zone d’habitation, chaque infrastructure de mobilité ou chaque projet économique contribue à transformer durablement le territoire. Pour les communes, préserver un paysage ne signifie donc pas figer un espace, mais organiser son évolution de manière cohérente afin de transmettre un cadre de vie de qualité aux générations futures. C’est précisément cette philosophie que récompense chaque année la Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage (SL-FP) à travers son prix « Paysage de l’année ». Depuis 2011, cette distinction met en avant des territoires qui démontrent qu’il est possible de concilier développement, préservation des ressources naturelles et intérêt général. (Stiftung Landschaftsschutz Schweiz) ⸻ La Plaine de la Lorze, un poumon vert au cœur d’un canton en pleine croissance Pour son édition 2026, la Fondation a choisi de distinguer la Plaine de la Lorze, située dans le canton de Zoug. Le choix est particulièrement symbolique. Le canton de Zoug figure parmi les territoires les plus dynamiques de Suisse. Son attractivité économique, sa croissance démographique et le développement continu de ses infrastructures exercent une forte pression sur le foncier. Dans un tel contexte, préserver plusieurs centaines d’hectares d’espaces ouverts représente un véritable défi d’aménagement. La distinction ne récompense donc pas uniquement la beauté du site. Elle salue surtout une volonté politique menée depuis plus de vingt ans pour maintenir un vaste espace naturel et agricole malgré une urbanisation soutenue. La Fondation décrit d’ailleurs la Plaine de la Lorze comme un véritable « poumon vert » au sein d’un paysage urbain en constante expansion. (radiolac.ch) ⸻ Une réussite fondée sur la coopération entre plusieurs collectivités L’un des aspects les plus remarquables de cette distinction réside dans la gouvernance mise en place. Les lauréats ne sont pas une seule commune. La Fondation a récompensé conjointement : * le canton de Zoug ; * la Ville de Zoug ; * les communes de Baar ; * Cham ; * Steinhausen ; * ainsi que la Corporation de Zoug représentant les propriétaires fonciers. Cette reconnaissance collective traduit une réalité simple : les grands paysages ne connaissent pas les frontières administratives. Les enjeux liés à la biodiversité, à l’agriculture, aux corridors écologiques ou encore à la gestion de l’eau dépassent largement les limites communales. La réussite de la Plaine de la Lorze démontre ainsi que la coopération entre plusieurs collectivités constitue souvent la condition indispensable à une politique paysagère durable. (Stiftung Landschaftsschutz Schweiz) ⸻ Penser le territoire sur plusieurs décennies Autre enseignement majeur : le temps long. Contrairement à de nombreux projets d’aménagement qui répondent à des besoins immédiats, la protection de la Plaine de la Lorze résulte d’une stratégie engagée progressivement depuis le début des années 2000. La plaine bénéficie notamment d’une protection depuis 2004, renforcée par un plan directeur adopté en 2012 qui encadre durablement son évolution et limite l’urbanisation future ainsi que la création de nouvelles infrastructures traversant le site. (Stiftung Landschaftsschutz Schweiz) Cette approche illustre parfaitement une réalité souvent rappelée par les spécialistes de l’aménagement : un paysage de qualité ne se construit pas en quelques années. Il résulte d’une succession de décisions cohérentes, parfois discrètes, mais prises avec une vision à long terme. Pour les exécutifs communaux, c’est un message fort. Préserver aujourd’hui des espaces naturels, agricoles ou forestiers revient à investir dans la qualité de vie des habitants de demain. ⸻ Un équilibre entre développement et préservation Le principal mérite de la Plaine de la Lorze est sans doute de démontrer qu’il n’existe pas d’opposition systématique entre croissance économique et protection du paysage. Le canton de Zoug continue d’accueillir de nouveaux habitants, de nouvelles entreprises et de nouveaux investissements. Dans le même temps, les collectivités ont choisi de préserver un vaste espace ouvert remplissant plusieurs fonctions essentielles : * maintenir une activité agricole de proximité ; * favoriser la biodiversité ; * offrir des espaces de détente accessibles à la population ; * contribuer à la régulation du climat local ; * préserver l’identité paysagère du territoire. Le paysage n’est donc plus considéré comme une simple contrainte réglementaire. Il devient une infrastructure territoriale au même titre que les réseaux de mobilité, les équipements publics ou les services communaux. Cette évolution marque un changement profond dans la manière dont les collectivités suisses abordent désormais l’aménagement de leur territoire. ⸻ Des enseignements qui dépassent largement le canton de Zoug Si la Plaine de la Lorze a retenu l’attention du jury, c’est parce qu’elle apporte une réponse concrète à une question que se posent aujourd’hui de nombreuses communes suisses : comment continuer à accueillir de nouveaux habitants tout en préservant durablement les qualités paysagères qui font l’identité d’un territoire ? La réponse apportée à Zoug ne repose pas sur une mesure unique, mais sur une vision d’ensemble. Le paysage est considéré comme une infrastructure territoriale à part entière. Il participe à la qualité de vie, soutient l’activité agricole, favorise la biodiversité, offre des espaces de loisirs et contribue à l’adaptation face au changement climatique. Cette approche conduit les collectivités à intégrer le paysage dans toutes les grandes décisions d’aménagement : urbanisation, mobilité, développement économique, gestion de l’eau ou encore planification des équipements publics. Au-delà de la distinction nationale, la Plaine de la Lorze illustre ainsi une évolution de fond : le paysage n’est plus uniquement un patrimoine à préserver, il devient un véritable outil de développement territorial. ⸻ En Suisse romande aussi, les initiatives se multiplient Les défis auxquels sont confrontées les collectivités romandes sont différents selon les territoires, mais la logique reste la même : construire sans dégrader durablement le cadre de vie. Plusieurs projets menés ces dernières années illustrent cette évolution. ⸻ Genève : la renaturation comme projet de territoire Le canton de Genève constitue l’un des exemples les plus emblématiques. Le projet de renaturation de la rivière de l’Aire, mené sur plusieurs années, a profondément transformé un ancien canal artificiel en un cours d’eau plus naturel, créant de nouveaux habitats pour la faune et la flore tout en offrant à la population un vaste espace de promenade et de détente. Cette réalisation a été récompensée par le Prix du paysage du Conseil de l’Europe, une distinction qui souligne sa capacité à concilier restauration écologique, qualité paysagère et usages publics. (Bafu) Parallèlement, Genève poursuit depuis plusieurs années une stratégie ambitieuse de végétalisation de ses espaces publics à travers son Plan stratégique de végétalisation 2030, destiné à renforcer la présence de la nature en ville et à mieux répondre aux effets du changement climatique. (Genève) ⸻ Lausanne : préparer la ville de demain À Lausanne également, la question du paysage dépasse largement la seule dimension esthétique. Face aux épisodes de chaleur de plus en plus fréquents, la Municipalité a engagé une politique ambitieuse d’arborisation. Son programme Objectif canopée prévoit d’augmenter progressivement la couverture arborée de la ville afin de renforcer les îlots de fraîcheur, améliorer le confort des habitants et accompagner l’adaptation climatique. La stratégie prévoit notamment la plantation d’environ 1 300 arbres par an, avec un objectif global de près de 25 000 nouveaux arbres et une couverture arborée de 30 % du territoire communal. (Le Temps) Ces projets montrent que la végétalisation constitue désormais un véritable investissement dans la santé publique, la résilience urbaine et l’attractivité du territoire. ⸻ Val-de-Ruz : un exemple romand déjà récompensé La Suisse romande compte également un territoire déjà distingué au niveau national. En 2022, le Val-de-Ruz, dans le canton de Neuchâtel, a obtenu le titre de Paysage de l’année. La Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage a récompensé le travail conduit conjointement par la Commune de Val-de-Ruz, le Parc Chasseral et l’association Écoréseau et Paysage du Val-de-Ruz pour restaurer, renouveler et entretenir sur le long terme le remarquable paysage d’allées qui caractérise la région. (Wikipédia) Là encore, le succès repose sur une gouvernance partagée, une vision de long terme et une coopération entre plusieurs acteurs publics et privés. ⸻ Une responsabilité croissante pour les communes Ces exemples démontrent que les communes occupent aujourd’hui une place centrale dans la préservation des paysages suisses. Qu’il s’agisse de protéger des terres agricoles, de restaurer des milieux naturels, de végétaliser les centres urbains ou de créer de nouveaux espaces publics, les décisions prises au niveau communal façonnent durablement les territoires. Dans un contexte marqué par la pression foncière, la densification urbaine et les conséquences du changement climatique, cette responsabilité est appelée à se renforcer. Préserver un paysage ne consiste plus à empêcher toute évolution. Il s’agit au contraire d’organiser un développement maîtrisé, capable de répondre aux besoins de la population sans compromettre les qualités qui font la richesse d’un territoire. ⸻ Un modèle inspirant pour les collectivités de demain La distinction attribuée à la Plaine de la Lorze rappelle qu’un paysage remarquable n’est jamais le fruit du hasard. Il résulte d’une volonté politique, d’une coopération entre collectivités, d’une planification cohérente et d’une vision qui dépasse les échéances électorales. Pour les communes suisses, le principal enseignement est sans doute celui-ci : préserver un paysage n’est pas un frein au développement, mais un investissement durable dans l’attractivité, la qualité de vie et la résilience du territoire. À l’heure où les collectivités doivent répondre simultanément aux défis du logement, de la mobilité, de la transition climatique et de la préservation de la biodiversité, l’exemple de la Plaine de la Lorze montre qu’un autre équilibre est possible. Plus qu’une récompense nationale, le Paysage de l’année 2026 constitue ainsi un signal fort : celui d’une nouvelle manière de concevoir l’aménagement du territoire, où le paysage devient un véritable projet collectif au service des générations présentes et futures.

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