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Environnement

Désimperméabilisation des sols : un levier sous-exploité dans les communes romandes ?

9 avril 2026
Michael Kevesse
Source: Communes Romandes - photo romande-energie.ch
Face à la multiplication des épisodes climatiques extrêmes et à la pression croissante sur les infrastructures urbaines, la désimperméabilisation des sols s’impose comme une réponse concrète. Pourtant, en Suisse romande, ce levier reste encore largement sous-exploité, malgré des bénéfices multiples pour les communes.
Un enjeu discret devenu stratégique Longtemps considérée comme une problématique technique secondaire, la question de l’imperméabilisation des sols s’impose aujourd’hui comme un enjeu central de l’aménagement du territoire. Routes, parkings, trottoirs ou zones d’activités ont progressivement recouvert les sols naturels, empêchant l’infiltration de l’eau et perturbant profondément les équilibres hydrologiques. Dans les zones urbaines, cette artificialisation entraîne une augmentation du ruissellement, une surcharge des réseaux d’évacuation et, lors d’épisodes orageux, des risques accrus d’inondation. Elle contribue également à l’intensification des îlots de chaleur, phénomène particulièrement sensible dans les centres urbains denses. Dans ce contexte, la désimperméabilisation — qui consiste à restaurer la capacité des sols à absorber l’eau en remplaçant les surfaces étanches par des matériaux perméables ou des espaces végétalisés — apparaît comme une réponse à la fois simple dans son principe et structurante dans ses effets. ⸻ Une solution aux bénéfices multiples Au-delà de la seule gestion des eaux pluviales, la désimperméabilisation offre une approche globale des enjeux urbains contemporains. En permettant à l’eau de s’infiltrer directement dans le sol, elle réduit la pression sur les infrastructures existantes et limite les risques de débordement. Elle participe également au rafraîchissement des villes, en favorisant l’évapotranspiration et en diminuant l’accumulation de chaleur dans les matériaux minéraux. Les bénéfices sont également écologiques : restauration de sols vivants, amélioration de la biodiversité, filtration naturelle de l’eau et contribution au stockage du carbone. À cela s’ajoute une dimension qualitative, avec des espaces publics plus agréables, plus verts et mieux adaptés aux usages contemporains. ⸻ En Suisse romande, un potentiel encore peu exploité Si ces enjeux sont désormais bien identifiés, leur traduction opérationnelle reste encore limitée dans de nombreuses communes romandes. Les démarches engagées se concentrent le plus souvent sur des projets ponctuels : réaménagement de places publiques, transformation de cours d’école, ou encore adaptation de certains parkings. Ces initiatives, bien que pertinentes, peinent encore à s’inscrire dans des stratégies globales à l’échelle du territoire. Pourtant, les outils existent. Les plans d’aménagement peuvent intégrer des exigences de perméabilité, les projets immobiliers inclure des surfaces en pleine terre, et les plans d’évacuation des eaux évoluer vers des approches plus intégrées. Certaines collectivités explorent également le concept de « ville éponge », visant à gérer l’eau directement là où elle tombe, plutôt que de l’évacuer systématiquement. Malgré cela, la désimperméabilisation reste encore souvent perçue comme un complément, et non comme un levier structurant des politiques urbaines. ⸻ Des freins techniques et organisationnels Plusieurs obstacles expliquent cette mise en œuvre encore limitée. Les contraintes techniques sont réelles, notamment en présence de réseaux souterrains denses. Les coûts initiaux peuvent également freiner certaines décisions, malgré des gains à moyen et long terme. À cela s’ajoute un manque de coordination entre les différents services communaux — urbanisme, voirie, environnement — qui interviennent souvent de manière segmentée. Enfin, l’absence de standards harmonisés ou d’obligations fortes limite l’intégration systématique de ces solutions dans les projets. Dans un contexte où les priorités politiques et budgétaires sont nombreuses, la désimperméabilisation peine encore à s’imposer comme une évidence. ⸻ Un champ d’opportunités pour les acteurs du territoire Cette transition ouvre toutefois un nouveau champ d’intervention pour de nombreux professionnels. Bureaux d’ingénieurs, entreprises de travaux publics, paysagistes, spécialistes de la gestion de l’eau ou fournisseurs de solutions techniques sont directement concernés. À mesure que les exigences environnementales se renforcent, ces expertises deviennent essentielles pour accompagner les communes dans la transformation de leurs espaces publics et privés. La désimperméabilisation ne se limite pas à une approche environnementale : elle s’inscrit dans une évolution plus large des pratiques d’aménagement, où la gestion de l’eau, le confort urbain et la qualité des espaces deviennent indissociables. ⸻ Changer d’échelle Pour les communes romandes, l’enjeu est désormais clair : passer d’initiatives ponctuelles à des stratégies structurées et coordonnées. Car derrière chaque surface rendue perméable se dessine une transformation plus profonde. Celle d’un urbanisme capable de composer avec les contraintes climatiques, de valoriser les ressources naturelles et de proposer des espaces de vie plus résilients. La désimperméabilisation des sols n’est plus une option technique. Elle pourrait bien devenir, dans les années à venir, un indicateur clé de la capacité des territoires à s’adapter.

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