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Centres de données et transition numérique : un défi stratégique croissant pour les collectivités publiques
Énergie
Centres de données et transition numérique : un défi stratégique croissant pour les collectivités publiques
Centres de données et transition numérique : un défi stratégique croissant pour les collectivités publiques
9 février 2026
Michael Kevesse
Source: Communes Romandes - Photo Luis Benito
La transformation numérique des administrations et des services publics s’accélère à un rythme inédit, portée notamment par le développement de l’intelligence artificielle et la généralisation des échanges dématérialisés. Derrière cette évolution se cache toutefois une réalité matérielle et énergétique de plus en plus prégnante. L’essor des centres de données, indispensables au stockage et à la sécurisation des informations publiques, soulève des enjeux majeurs pour les collectivités territoriales en matière d’aménagement du territoire, de durabilité environnementale et de gouvernance des données. En Suisse, les orientations stratégiques récentes de la Confédération illustrent la nécessité d’une approche globale, impliquant également les cantons et les communes.
Une transition numérique aux implications matérielles et énergétiques croissantes
Longtemps perçue comme un processus essentiellement immatériel, la transition numérique repose en réalité sur des infrastructures physiques dont la croissance s’intensifie. Les centres de données constituent aujourd’hui l’épine dorsale du fonctionnement administratif, économique et sociétal. Leur multiplication s’explique par la nécessité d’assurer la continuité des services, la sécurisation des données et la résilience des systèmes informatiques.
L’émergence de technologies telles que l’intelligence artificielle accentue fortement cette dynamique. Les volumes de données traités augmentent de manière exponentielle, impliquant des besoins accrus en capacités de stockage, en puissance de calcul et en dispositifs de sauvegarde redondants. Ces exigences techniques se traduisent par une consommation énergétique et hydrique particulièrement élevée, qui interpelle désormais les politiques publiques en matière de durabilité.
La question dépasse largement le seul cadre technologique. Elle touche directement à la planification territoriale, à la gestion des ressources naturelles et à la stratégie énergétique globale des collectivités.
Des orientations fédérales qui confirment l’importance stratégique des infrastructures numériques
La Confédération suisse a récemment renforcé sa réflexion sur la gestion de ses infrastructures numériques et archivistiques. Les autorités fédérales ont engagé une stratégie visant à structurer le développement des centres de données de l’administration civile, tout en anticipant les besoins futurs liés à la conservation des informations publiques.
Dans ce contexte, les Archives fédérales suisses ont adopté un plan stratégique couvrant la période 2026-2030, illustrant l’évolution profonde des pratiques archivistiques. La numérisation généralisée des documents administratifs modifie progressivement les modèles de conservation traditionnels. Toutefois, la transition vers le numérique ne signifie pas la disparition des supports analogiques, dont la conservation demeure essentielle pour des raisons juridiques, patrimoniales et historiques.
La planification de nouvelles infrastructures de stockage physique s’inscrit ainsi dans une logique de gestion hybride des archives, combinant supports numériques et documents originaux. Cette évolution témoigne de la complexité croissante des politiques de conservation et de gestion des données publiques.
Des enjeux environnementaux au cœur de la gouvernance numérique
L’expansion des centres de données pose également des défis environnementaux significatifs. Ces installations requièrent des volumes importants d’électricité pour alimenter les serveurs et assurer leur refroidissement. Dans certains cas, les besoins en eau nécessaires au fonctionnement des systèmes thermiques constituent également un facteur de pression sur les ressources locales.
Pour les collectivités territoriales, l’implantation de ces infrastructures soulève des questions majeures d’aménagement du territoire. Le choix des sites doit intégrer des critères énergétiques, environnementaux et logistiques, tout en tenant compte de l’acceptabilité sociale des projets.
Par ailleurs, l’accélération de la transformation numérique contribue à creuser les disparités entre territoires disposant d’infrastructures performantes et ceux confrontés à des limitations technologiques ou énergétiques. Cette fracture numérique représente un enjeu stratégique pour la cohésion territoriale et l’égalité d’accès aux services publics.
La sécurisation et la souveraineté des données publiques, un impératif institutionnel
Au-delà des considérations environnementales et techniques, la gestion des données publiques implique des exigences élevées en matière de sécurité et de souveraineté. Les centres de données doivent garantir la protection, l’authenticité et la traçabilité des informations administratives, tout en assurant leur accessibilité à long terme.
Les autorités archivistiques jouent, à cet égard, un rôle central. Elles doivent veiller à ce que les solutions d’hébergement et de conservation des données répondent à des standards rigoureux, notamment en matière de certification, d’intégrité documentaire et de communicabilité des informations.
L’externalisation partielle du stockage numérique, parfois privilégiée pour répondre à la complexité technique des infrastructures, nécessite un encadrement contractuel précis afin de préserver le contrôle institutionnel sur les données publiques. Cette question renvoie également aux enjeux de souveraineté numérique, particulièrement sensibles dans un contexte de dépendance croissante à des prestataires technologiques spécialisés.
Un rôle déterminant pour les cantons et les communes
Si les orientations stratégiques sont impulsées au niveau fédéral, leur mise en œuvre concrète implique fortement les collectivités cantonales et communales. Ces dernières sont directement concernées par les choix d’implantation des infrastructures, par la gestion des services numériques locaux et par la conservation de leurs propres archives administratives.
L’élaboration de cadres légaux adaptés constitue un levier essentiel pour encadrer le développement des centres de données et définir les responsabilités des différents acteurs publics et privés. Les contrats de prestations liés à l’hébergement et à la gestion des données devront intégrer des exigences strictes en matière de sécurité, de durabilité et de gouvernance.
Les communes, en particulier, sont confrontées à des défis organisationnels importants. La montée en puissance des services numériques municipaux nécessite des compétences techniques accrues et une coordination renforcée avec les niveaux cantonaux et fédéraux. Cette évolution s’inscrit dans un mouvement plus large de transformation des administrations publiques vers des modèles de gouvernance numérique intégrée.
Vers une approche stratégique et coordonnée de la donnée publique
L’essor des centres de données illustre la dimension désormais systémique de la transformation numérique. La gestion des infrastructures numériques ne peut être envisagée uniquement sous l’angle technologique. Elle nécessite une vision stratégique globale, intégrant les dimensions environnementales, territoriales, économiques et institutionnelles.
Pour les collectivités publiques, l’enjeu consiste à concilier l’innovation technologique avec les objectifs de durabilité et de sécurité des données. Cette démarche implique une coordination étroite entre les différents niveaux institutionnels, ainsi qu’un dialogue renforcé avec les acteurs scientifiques, économiques et technologiques.
Le développement maîtrisé des infrastructures de données apparaît ainsi comme l’un des chantiers structurants des politiques publiques contemporaines. Il conditionne non seulement la modernisation des administrations, mais également la capacité des territoires à répondre aux défis sociétaux et environnementaux des prochaines décennies.
À Marly, dans le canton de Fribourg, la transition énergétique ne se résume plus à quelques installations photovoltaïques ou au remplacement individuel des chaudières. Elle se construit désormais sous les rues. Depuis le mois d’août 2026, plusieurs nouveaux chantiers prolongent le chauffage à distance dans différents secteurs de la commune, tandis qu’une nouvelle extension au chemin des Épinettes vient d’être mise à l’enquête. Derrière ces travaux se dessine une transformation plus ambitieuse : relier progressivement bâtiments, quartiers et infrastructures à un système capable de valoriser plusieurs ressources énergétiques locales et renouvelables. À Marly, une partie de la chaleur provient même indirectement de l’eau du lac de la Gruyère, grâce à la réutilisation d’une ancienne infrastructure industrielle. Un cas concret de ce que peut devenir la transition énergétique à l’échelle communale.
Depuis le 1er janvier 2026, les communautés électriques locales (CEL) sont devenues une réalité en Suisse. Désormais, une commune, ses habitants, ses entreprises et ses bâtiments publics peuvent partager localement l’électricité produite sur leur territoire. Derrière cette évolution législative se cache une petite révolution pour les collectivités romandes : écoles, salles communales, administrations, infrastructures sportives et quartiers résidentiels pourraient demain fonctionner grâce à une énergie produite à quelques centaines de mètres seulement. Entre opportunités économiques, nouveaux défis techniques et ambitions climatiques, les communes se retrouvent au cœur de cette transformation énergétique.
Adoptée par le Grand Conseil vaudois au début de l’année, la nouvelle loi sur l’énergie entrera en vigueur le 1er janvier 2027. Cette réforme constitue l’une des évolutions les plus importantes de ces dernières années en matière de politique énergétique cantonale. Si les propriétaires privés sont directement concernés, les communes le seront tout autant. Gestion de leur patrimoine immobilier, planification énergétique, accompagnement des habitants ou encore développement des énergies renouvelables : les collectivités locales se préparent déjà à une nouvelle étape de la transition énergétique. À Épalinges, plusieurs actions illustrent cette volonté d’anticipation