Agrivoltaïsme romand : opportunité ou menace pour les paysages communaux
Énergie
Agrivoltaïsme romand : opportunité ou menace pour les paysages communaux
Agrivoltaïsme romand : opportunité ou menace pour les paysages communaux
24 novembre 2025
Michael Kevesse
Source: Communes Romandes
L’implantation de panneaux photovoltaïques sur terres agricoles — ou « agrivoltaïsme » — gagne du terrain en Suisse romande. Fruit à la fois de la pression croissante pour les énergies renouvelables et de la recherche de diversification des exploitations agricoles, ce modèle interpelle les élus communaux, les agriculteurs, les urbanistes et les habitants. Une question se pose : jusqu’où ce mariage entre cultures et production solaire est-il compatible avec la préservation des paysages communaux et des terres agricoles ?
En Valais, à Conthey, une centrale agrivoltaïque installée sur des vergers en collaboration avec Agroscope et Romande Énergie marque un tournant. On y a validé en 2025 une installation de grande ampleur sur des surfaces fruitières, illustrant le passage de l’expérimentation à la mise en œuvre.
lenouvelliste.ch
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La loi fédérale sur l’énergie, entrée en vigueur début 2025, prévoit de nouvelles conditions qui encouragent ce type d’installations — mais sans perdre de vue les enjeux de production alimentaire et de gestion des sols.
agirinfo.com
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Témoignages d’agriculteurs romands
« Nous avons accueilli l’ombre des panneaux comme une protection contre les grêlons et les fortes chaleurs : nos pommiers souffraient l’an dernier, maintenant ils tiennent mieux » confie un producteur de fruits valaisan, sous couvert d’anonymat. Il souligne que la structure agrivoltaïque lui apporte une revenu complémentaire stable, tout en conservant ses activités agricoles.
Mais tous ne sont pas aussi convaincus. Un maraîcher vaudois remarque : « Oui, j’ai signé pour l’agrivoltaïque mais je vois déjà que le passage des engins est plus difficile, les rangées de panneaux gênent l’irrigation, et le sol est légèrement compacté : est-ce vraiment compatible à long terme ? » Ce genre de retour rejoint les alertes de nombreux observateurs romands qui soulignent que « la production alimentaire doit rester la priorité ».
agriculture-durable.ch
Les perspectives pour les communes romandes
Pour un exécutif communal, l’agrivoltaïsme présente plusieurs atouts : diversification des revenus pour les exploitations, production locale d’énergie, valorisation du territoire, image de commune “durable”. Pourtant, des questions majeures demeurent : l’autorisation de telles installations sur des terres agricoles, leur impact sur le paysage, la requalification des sols, la coexistence des usages agricoles et énergétiques.
Dans les zones périurbaines ou rurales de Romandie, où les terres agricoles sont déjà sous pression — urbanisation, mobilité, densification — l’arrivée de larges structures photovoltaïques pourrait bouleverser l’aménagement communal, la vocation des sols, et même le sentiment d’appartenance à un paysage traditionnel.
Les défis techniques, légaux et sociaux
Techniquement, l’agrivoltaïsme exige une co-conception : orientation des panneaux, hauteur, passage des engins agricoles, accès, gestion de l’ombre et de l’eau. Une étude menée sur une parcelle de framboises en Suisse montre que, sous panneaux agrivoltaïques, le rendement peut être stable voire légèrement amélioré, mais à condition que l’installation soit bien pensée.
pv magazine France
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Sur le plan légal, les terres agricoles sont protégées par la législation (notamment la Loi sur l’aménagement du territoire) : toute conversion ou changement d’usage doit être justifié. Un article de fond rappelle que jusqu’il y a peu, les infrastructures énergétiques n’étaient pas admises sur les surfaces agricoles, et que la nouvelle loi fédérale reste prudente.
agriculture-durable.ch
Socialement, la question de l’image du territoire se pose. Une commune peut se retrouver face à des oppositions d’habitants attachés à la continuité paysagère, à la valeur foncière ou aux usages agricoles traditionnels. Les autorités locales doivent donc équilibrer transition énergétique, sauvegarde des paysages et maintien de l’agriculture.
Vers un équilibre à inventer
Le pari pour les communes romandes consiste à trouver un équilibre raisonnable. L’agrivoltaïsme ne doit pas devenir :
une “monoculture” énergétique remplaçant la production alimentaire ;
un compromis bâclé où les exploitations agricoles voient leurs rendements chuter ;
une concession paysagère où la cohérence visuelle et sociale est négligée.
À l’inverse, il peut devenir une nouvelle forme de dynamique territoriale : un partenariat entre agriculteurs, communes, opérateurs énergétiques, décideurs. Un levier d’innovation agricole, de diversification économique locale, de renforcement de la résilience climatique.
Ce que les communes peuvent faire dès maintenant
Intégrer l’agrivoltaïsme dans leur plan directeur communal et leur stratégie énergie.
Définir des zones d’accueil adaptées, en concertation avec agriculteurs et habitants.
Veiller à la co-conception technique et agronomique des installations.
Prévoir un suivi et une évaluation des impacts agricoles et paysagers.
Anticiper les modalités de fin de vie des structures et le retour des sols.
Conclusion
En Romandie, l’agrivoltaïsme est bien plus qu’un simple concept technique : c’est une question de territoire, de paysage, de production agricole et de gouvernance locale. Pour les communes, il offre une opportunité réelle — mais aussi un dilemme. Les collectivités qui sauront encadrer, anticiper et piloter ce changement pourront valoriser leur territoire pour demain. Celles qui laisseront la question au hasard risquent de se retrouver face à des choix imposés, parfois coûteux, parfois conflictuels.
L’enjeu est clair pour les communes romandes : passer d’un “oui” à l’agrivoltaïsme à un “oui, à condition que…” bien pensé, équilibré, et respectueux du paysage et de l’agriculture locale.
À Marly, dans le canton de Fribourg, la transition énergétique ne se résume plus à quelques installations photovoltaïques ou au remplacement individuel des chaudières. Elle se construit désormais sous les rues. Depuis le mois d’août 2026, plusieurs nouveaux chantiers prolongent le chauffage à distance dans différents secteurs de la commune, tandis qu’une nouvelle extension au chemin des Épinettes vient d’être mise à l’enquête. Derrière ces travaux se dessine une transformation plus ambitieuse : relier progressivement bâtiments, quartiers et infrastructures à un système capable de valoriser plusieurs ressources énergétiques locales et renouvelables. À Marly, une partie de la chaleur provient même indirectement de l’eau du lac de la Gruyère, grâce à la réutilisation d’une ancienne infrastructure industrielle. Un cas concret de ce que peut devenir la transition énergétique à l’échelle communale.
Depuis le 1er janvier 2026, les communautés électriques locales (CEL) sont devenues une réalité en Suisse. Désormais, une commune, ses habitants, ses entreprises et ses bâtiments publics peuvent partager localement l’électricité produite sur leur territoire. Derrière cette évolution législative se cache une petite révolution pour les collectivités romandes : écoles, salles communales, administrations, infrastructures sportives et quartiers résidentiels pourraient demain fonctionner grâce à une énergie produite à quelques centaines de mètres seulement. Entre opportunités économiques, nouveaux défis techniques et ambitions climatiques, les communes se retrouvent au cœur de cette transformation énergétique.
Adoptée par le Grand Conseil vaudois au début de l’année, la nouvelle loi sur l’énergie entrera en vigueur le 1er janvier 2027. Cette réforme constitue l’une des évolutions les plus importantes de ces dernières années en matière de politique énergétique cantonale. Si les propriétaires privés sont directement concernés, les communes le seront tout autant. Gestion de leur patrimoine immobilier, planification énergétique, accompagnement des habitants ou encore développement des énergies renouvelables : les collectivités locales se préparent déjà à une nouvelle étape de la transition énergétique. À Épalinges, plusieurs actions illustrent cette volonté d’anticipation