Transition énergétique : 2026, l’année où les bâtiments communaux passent du « projet » à l’« exécution »
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Transition énergétique : 2026, l’année où les bâtiments communaux passent du « projet » à l’« exécution »
Transition énergétique : 2026, l’année où les bâtiments communaux passent du « projet » à l’« exécution »
12 janvier 2026
Alex Rochat
Source: Communes Romandes
En Suisse, le bâtiment pèse lourd dans la consommation d’énergie et les émissions de CO₂ : le seul parc immobilier représente près de 90 TWh, soit environ 40% de la consommation finale, et « presque un tiers » des émissions sur le territoire, selon l’OFEN. Dans les communes, la pression monte : hausse des coûts, exigences climatiques, attentes des habitants… et un cadre réglementaire qui se précise canton par canton. Entre l’adoption du MoPEC 2025 par les cantons et, côté Vaud, l’entrée en vigueur du décret mettant fin aux chauffages et chauffe-eau électriques à horizon 2033, l’année 2026 marque un basculement : il ne s’agit plus d’annoncer des intentions, mais d’aligner budgets, permis, chantiers et achats publics.
L’enjeu communal : des bâtiments « du quotidien »… et des factures structurelles
Écoles, salles polyvalentes, bâtiments administratifs, voirie, infrastructures sportives, parfois EMS ou immeubles locatifs communaux : dans beaucoup de communes, le patrimoine bâti est le premier poste énergétique pilotable — et celui qui cristallise le plus de décisions « à long terme » (investissements sur 20–40 ans).
À l’échelle nationale, l’OFEN rappelle deux choses qui intéressent directement les administrations locales :
la trajectoire (réduire la consommation du parc immobilier vers 65 TWh en 2050),
et l’objectif politique de neutralité carbone d’ici 2050.
Mais surtout, l’OFEN souligne une réalité institutionnelle : en Suisse, les mesures sur la consommation d’énergie dans les bâtiments relèvent d’abord des cantons. Autrement dit : la transition énergétique du bâti communal se joue dans une mécanique très concrète, faite de droit cantonal, de procédures de permis, de subventions, et d’arbitrages locaux.
MoPEC 2025 : un « modèle » qui va uniformiser les attentes (sans gommer les différences)
Le 29 août 2025, la Conférence des directeurs cantonaux de l’énergie (EnDK) a adopté la révision du Modèle de prescriptions énergétiques des cantons (MoPEC 2025), présenté comme un outil de coordination et d’harmonisation des exigences cantonales.
Ce que cela change, vu depuis une commune ?
Nouvelles constructions : le communiqué de l’EnDK met en avant une logique de bâtiment « durable et préservant les ressources » où comptent l’isolation, des chauffages renouvelables, l’électricité solaire et, nouveauté marquante, des valeurs limites pour l’énergie grise (impact des matériaux sur le cycle de vie).
Électrification et PV : l’EnDK indique que les exigences sur la production propre d’électricité sont appelées à être plus élevées, notamment via une pose plus systématique de photovoltaïque, en lien avec l’électrification progressive (pompes à chaleur, électromobilité).
Bâtiments existants : lors du remplacement d’un chauffage fossile, l’orientation est claire : installer un système utilisant des énergies renouvelables. Et en cas de rénovation importante du toit, une installation photovoltaïque devrait être mise en place pour produire son propre courant.
Attention, point essentiel : le MoPEC reste un modèle. Son effet réel se matérialise lorsque chaque canton transpose (avec ses calendriers, ses seuils, ses formulaires). Mais pour les communes, l’impact est déjà là : les projets « au standard d’hier » vont devenir plus difficiles à justifier — et plus coûteux à corriger après coup.
Vaud : la fin programmée des chauffages et chauffe-eau électriques (horizon 2033)
Dans le canton de Vaud, le cadrage est particulièrement lisible. Le décret sur l’assainissement des chauffages et chauffe-eau électriques est entré en vigueur au 1er janvier 2025 et fixe un délai de remplacement au 1er janvier 2033.
Pour les communes (et leurs bâtiments), l’intérêt est double :
planifier tôt (sinon, effet “mur de chantiers” à l’approche de 2033),
choisir des stratégies compatibles avec les options prévues.
Le dispositif vaudois décrit notamment :
le remplacement des chauffages électriques centralisés par des systèmes « prioritairement aux énergies renouvelables » (pompes à chaleur, chaudières à bois, raccordement à un chauffage à distance, etc.).
pour les chauffages électriques décentralisés, plusieurs voies : remplacement complet, amélioration de l’enveloppe jusqu’à certaines classes CECB, ou compensation d’une part de consommation par une production renouvelable (ex. PV) sous conditions.
et, pour les chauffe-eau électriques, un délai identique au 1er janvier 2033 avec obligation de remplacement par des systèmes fonctionnant prioritairement aux renouvelables (avec des cas d’exemptions/alternatives encadrés).
Ce type de réglementation a un effet « domino » sur le patrimoine communal : une rénovation de toiture, une rénovation d’enveloppe, un changement d’usage d’un bâtiment… deviennent autant de moments où la commune doit vérifier si elle est encore alignée avec la trajectoire cantonale.
Subventions : 2026 commence… avec un calendrier (et des fenêtres)
La transition énergétique du bâti communal est aussi une question de tempo administratif.
Sur Vaud, l’État indique que les conditions de subventionnement 2026 (montants et éligibilité) du Programme Bâtiments sont publiées à partir du 12 janvier 2026, date à laquelle les demandes peuvent à nouveau être déposées ; la plateforme étant fermée entre le 1er et le 12 janvier 2026.
Au niveau suisse, SuisseEnergie rappelle que le Programme Bâtiments soutient financièrement l’assainissement énergétique (isolation, chauffage, rénovation…), tout en précisant que chaque canton fixe individuellement les mesures encouragées et leurs conditions.
Deux messages pratiques en découlent pour les communes :
une stratégie d’investissement doit être synchronisée avec les règles cantonales (sinon on « rate » des opportunités ou on replie le projet),
le montage des dossiers (audit, plans, appels d’offres, etc.) doit être anticipé pour déposer avant le début des travaux — SuisseEnergie insiste sur ce point dans la procédure.
Du plan climat à la chaufferie : comment une commune peut “industrialiser” sa transition
La difficulté, ce n’est pas de trouver des idées. C’est de transformer un patrimoine hétérogène en portefeuille de projets pilotable. Voici une méthode de terrain, compatible avec ce que demandent typiquement les cantons et les programmes d’encouragement.
1) Passer de l’inventaire à la décision
Avant de lancer des travaux, beaucoup de communes gagnent du temps en “standardisant” l’analyse : un certificat énergétique et un rapport de conseil (type CECB Plus) permet de comparer plusieurs variantes et de relier coûts, économies et subventions. SuisseEnergie décrit ce principe : trois variantes proposées par un expert, avec économies, coûts et possibilités de subvention.
2) Prioriser par « lots » : enveloppe, production de chaleur, production d’électricité
Le MoPEC 2025 et les politiques cantonales convergent :
réduire les besoins (enveloppe),
décarboner la chaleur (systèmes renouvelables),
produire une part d’électricité sur site (PV), surtout lorsque la toiture est refaite.
Dans une commune, cette logique se traduit souvent par des “paquets” :
écoles (grande enveloppe + ventilation + confort d’été),
bâtiments administratifs (pilotage, éclairage, IT),
infrastructures sportives (eau chaude, déshumidification, horaires),
bâtiments de service (atelier, voirie, dépôts : souvent très rentables en sobriété).
3) Acheter mieux : marchés publics et performance mesurable
Plus la transition avance, plus la question n’est pas « quel appareil choisir ? », mais quels résultats contractuels exiger : rendement, consommation garantie, monitoring, maintenance, durée de vie. Le MoPEC 2025 parle explicitement d’outils d’exécution harmonisés (dont une application intercantonale pour des justificatifs énergétiques).
Pour les communes, c’est un signal : les procédures se “numérisent” et se normalisent, et les projets faibles sur la preuve (calculs, justificatifs) deviendront plus fragiles.
4) Sécuriser l’acceptabilité : confort, bruit, chantier, esthétique
Les débats locaux se cristallisent rarement sur la “neutralité carbone”. Ils se cristallisent sur :
le confort d’été (surchauffe),
le bruit (PAC),
le chantier (phasing scolaire),
l’esthétique (PV sur bâtiments visibles).
Un projet communal solide se reconnaît au fait qu’il traite ces sujets dès l’esquisse — pas au moment où les oppositions arrivent.
2026 : ce que les élus et cadres administratifs doivent surveiller maintenant
Trois alertes reviennent dans les communes romandes :
Le risque de goulots d’étranglement : si tout le monde attend les dernières années avant une échéance (comme 2033 pour certains équipements), la capacité du marché (bureaux techniques, installateurs, planificateurs réseau, raccordements) se tend.
Le risque “toiture” : la rénovation de toiture est souvent l’événement qui déclenche PV + isolation + étanchéité + sécurité. Le MoPEC 2025 annonce clairement une montée des exigences PV lors de rénovations importantes du toit.
Le risque “canton” : les règles étant cantonales (rappel OFEN), une commune qui copie un modèle vu ailleurs sans vérifier la transposition locale perd du temps et de l’argent.
Conclusion : l’avantage des communes, c’est le patrimoine — à condition de le piloter comme un portefeuille
On dit souvent que les communes « subissent » la transition énergétique. En réalité, elles disposent d’un levier que peu d’acteurs ont : un patrimoine bâti significatif, des usages stables, une capacité de planification, et un effet d’entraînement sur le territoire.
L’année 2026 met ce levier à l’épreuve : avec un objectif national de trajectoire vers 2050 , un MoPEC 2025 qui rehausse les attentes (renouvelables, PV, énergie grise, harmonisation) , et des échéances cantonales concrètes comme celles du canton de Vaud à 2033 , la question n’est plus “faut-il y aller ?”, mais “comment le faire sans perdre 3 ans en hésitations et en rework ?”.
À Marly, dans le canton de Fribourg, la transition énergétique ne se résume plus à quelques installations photovoltaïques ou au remplacement individuel des chaudières. Elle se construit désormais sous les rues. Depuis le mois d’août 2026, plusieurs nouveaux chantiers prolongent le chauffage à distance dans différents secteurs de la commune, tandis qu’une nouvelle extension au chemin des Épinettes vient d’être mise à l’enquête. Derrière ces travaux se dessine une transformation plus ambitieuse : relier progressivement bâtiments, quartiers et infrastructures à un système capable de valoriser plusieurs ressources énergétiques locales et renouvelables. À Marly, une partie de la chaleur provient même indirectement de l’eau du lac de la Gruyère, grâce à la réutilisation d’une ancienne infrastructure industrielle. Un cas concret de ce que peut devenir la transition énergétique à l’échelle communale.
Depuis le 1er janvier 2026, les communautés électriques locales (CEL) sont devenues une réalité en Suisse. Désormais, une commune, ses habitants, ses entreprises et ses bâtiments publics peuvent partager localement l’électricité produite sur leur territoire. Derrière cette évolution législative se cache une petite révolution pour les collectivités romandes : écoles, salles communales, administrations, infrastructures sportives et quartiers résidentiels pourraient demain fonctionner grâce à une énergie produite à quelques centaines de mètres seulement. Entre opportunités économiques, nouveaux défis techniques et ambitions climatiques, les communes se retrouvent au cœur de cette transformation énergétique.
Adoptée par le Grand Conseil vaudois au début de l’année, la nouvelle loi sur l’énergie entrera en vigueur le 1er janvier 2027. Cette réforme constitue l’une des évolutions les plus importantes de ces dernières années en matière de politique énergétique cantonale. Si les propriétaires privés sont directement concernés, les communes le seront tout autant. Gestion de leur patrimoine immobilier, planification énergétique, accompagnement des habitants ou encore développement des énergies renouvelables : les collectivités locales se préparent déjà à une nouvelle étape de la transition énergétique. À Épalinges, plusieurs actions illustrent cette volonté d’anticipation